LE PROBLÈME ANGLOPHONE DE MAURICE KAMTO

Patrice Nganang, Concierge de la République

LE PROBLEME ANGLOPHONE DE MAURICE KAMTO , Patrice Nganang, Concierge de la République
LE PROBLEME ANGLOPHONE DE MAURICE KAMTO , Patrice Nganang, Concierge de la République

Maurice Kamto émet un jugement juridique sur une question politique, et un jugement politique sur une question juridique – voilà en résumé son problème. Et le cercle vicieux qui, devant nos yeux a tous mange sa carrière politique comme le sida mange la vie d’un malade. Un mois déjà qu’il est libre, et deux dossiers sont importants ici, les plus importants de sa vie publique, 1) Bakassi, et 2) le génocide. Je vais analyser ces deux dossiers, pas à pas, et je vous demande d’être patients, 1) sur Bakassi, comme nous savons, Maurice Kamto a donné au Cameroun, et a sa carrière politique, la victoire fondamentale que personne ne peut lui refuser – c’est une victoire politique, je dis, même si tout le monde dira que c’est une victoire juridique. C’est une victoire politique parce qu’il a restauré le Cameroun réunifié, légalement parlant donc en renforçant la frontière avec notre voisin le Nigeria, mais c’est une défaite juridique, parce que, dans le coeur du sujet, le Cameroun oriental et le Cameroun occidental n’ont jamais été reliés par un Traité d’union – comme par exemple l’Allemagne en 1990, mon exemple favori. Le fondement juridique de l’union entre les deux Cameroun manquant, la victoire de Maurice Kamto, même si elle a un vernis juridique, est creuse parce que ce qui est au cœur de toute réunion d’Etats lui manque- le texte de base qui fabriquerait le Cameroun lui-même – et c’est cela justement que les juristes anglophones posent comme le cœur du problème anglophone, quand ils parlent de ‘root cause’, et qu’en allemand on appellerait ‘Grund’, fondation, c’est-à-dire constitution. La question de Bakassi devient ainsi politique, parce qu’il manque au Cameroun unifié pour lequel Biya tue, dans sa fondation juridique, un texte constitutionnel, fondamental donc, qui rendrait l’union du Southern Cameroon et du Cameroon oriental intouchable. Elle devient politique, parce qu’elle sert tout simplement l’argument de Biya et donc du RDPC, et rend impossible à Maurice Kamto, et au MRC, son parti, une empathie pour les Anglophones, et même une sympathie pour leur cause. Pire, elle devient politique, parce qu’en conséquence elle oblige Maurice Kamto et le MRC, en 2019, à proposer aux Anglophones comme solution à leur problème, de refaire exactement ce qui leur aura été posé comme problème en 1961 – pas un referendum, mais un plébiscite sur le fédéralisme, dans lequel ils participeraient seuls.

Vous vous êtes rendus comptes qu’ici nous nous perdons deja dans des détails, et dans cette perte qu’en français on appelle fuite en avant – et la réponse du MRC est une fuite en avant -, nous nous éloignons de ce qui se passe au Noso, en ce moment même: les morts, les tueries quotidiennes. La question la plus urgente est en effet d’arrêter le génocide. Si donc la réponse de Maurice Kamto sur Bakassi était politique – défendre la réunification du Cameroun sans se demander s’il y’a un Traité d’union, par patriotisme donc, faute absolument incroyable pour un juriste international, et pour tout juriste – la réponse de Maurice Kamto devant les tueries quotidiennes au Noso est plutôt juridique. Et c’est-à-dire ceci: devant les multiplications de meurtres d’Anglophones et spécifiquement d’Anglophones qu’on voit tous, Maurice Kamto se demande plutôt s’il y’a génocide ou pas. En cela il suit l’argument d’une personne, un Anglophone qui, après la Fondation Ayah, a son oreille – Agbor Balla. Et comme nous savons, Agbor Balla aura été de toutes ses batailles, y compris à la Cour constitutionnelle. Suivant donc Agbor Balla et son opinion, Maurice Kamto, devant les tueries au Noso, a une conclusion juridique: il n’y a pas de génocide, conclut-il. Je répète, se dit-il, il n’y a pas de génocide, même si les tueries nous mènent pas a pas vers un génocide. Il manque à ces tueries le momentum des tueries au Rwanda – 1 million de morts en cent jours -, et il manque à Maurice Kamto un document d’une organisation internationale, qui lui dirait qu’il y’a génocide au Noso, et qui permettrait donc, sainement, d’émettre une opinion. Comme vous vous rendez compte, cette procédure est plutôt juridique – elle n’est pas politique. Car était-elle politique que sans doute Maurice Kamto se serait rendu compte que, avec Bakassi il avait déjà aliéné les électeurs anglophones, qu’il avait aliéné une seconde fois en participant aux élections législatives et municipales qui, sans doute comme les élections présidentielles se feront sans eux, électeurs qu’il aura aliéné une troisième fois en suggérant un ‘statut spécial’ pour résoudre leur problème quand le statut spécial s’applique plutôt aux minorités en danger, et pas aux minorités hégémoniques qui, au contraire ont plutôt la dignité d’être l’avant-garde de la nation – ce que les Anglophones sont dans notre pays, a cause de l’anglais. Ah, imaginez donc les WASP aux Etats-Unis protégés par un ‘statut spécial’!

J’ai dit plus haut que Maurice Kamto sombrait dans ce cercle vicieux qui le fait avoir des réponses politiques a des problèmes juridiques, et des réponses juridiques a des problèmes politiques. 1) la perfection de la réunification par Bakassi, mais sans Traité d’union, 2) le déni du génocide parce que la qualification juridique des tueries au Noso manque, quand c’est ce qui en ce moment cause la mort des Anglophones et est donc le problème politique le plus urgent de l’heure – et de notre génération. Je n’ai cependant pas encore dit pourquoi ce cercle vicieux est un sida – c’est que ce dont nous parlons-la, c’est le Grand Ouest, c’est-à-dire l’espace de notre pays qui est le seul porteur de changement, qui seul peut remettre en cause l’ordre politique qui fonde notre réalité depuis 1956. Remettre en cause cet ordre politique – l’axe Nord-Sud donc – est possible par des agrégats de tribus minoritaires, par exemple au Nord, avec les fameux ‘Montagnards’ de Mamadou Mota, ou au Centre avec les Bafias de Bibou Nissack, ou d’ailleurs les Bassa, et bien d’autres. La liste est bien longue, notre pays ayant 238 ethnies, même si quatre grand groupes politiques. Ce qui pencherait la balance cependant, et casserait l’ordre politique qui a assis notre pays dans la tyrannie la plus vieille d’Afrique, c’est l’Alliance Amba-Franco, ou, si on veut, une alliance politique qui assurerait au Grand Ouest une force politique. Autant John Fru Ndi n’a pu y échapper – et le SDF a encore ses perches dans l’Ouest avec Jean-Michel Nintcheu -, autant Maurice Kamto ne pourra y échapper- le MRC non plus – s’il veut se donner une chance de gagner comme on dit, ou alors d’impulser le changement. Et là nous revenons sur les deux questions que j’ai posées plus haut, 1) Bakassi, et 2) le génocide. Bakassi a fabriqué une aporie qui a jeté le MRC dans les bras du RDPC. Le MRC et Maurice Kamto peuvent-ils gagner, comme on dit, en n’ayant pas le génocide dans leur plateforme pour les élections législatives et municipales? La réponse de Maurice Kamto est comme j’ai dit plus haut, juridique, devant une question qui est politique, et dont la solution, comme nous savons ne peut qu’être politique elle aussi. Que gagne-t-il en disant que c’est un génocide et en en faisant un sujet de campagne? Pour sa propre libération de prison il pouvait mentionner le génocide des Anglophones, comme il l’a fait dans un texte écrit de prison, quelques jours avant sa sortie. Chantage politique qui l’a libéré. Mais qu’en est-il donc de la libération du peuple anglophone? Ici le juridique revient tuer le politique.

Concierge de la république

Source: https://www.facebook.com

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