Cameroun : pays du Franglais, Jean — Pierre Du Pont

Cameroun : pays du Franglais, Jean — Pierre Du Pont
Cameroun : pays du Franglais, Jean — Pierre Du Pont

Le Cameroun, pays des ancêtres de Manu Dibango, Yannick Noah et Roger Milla entre autres, un des rares au monde où l’on répond généralement, presque toujours à une question posée par une autre question, est-il aussi celui de la démesure en tout ?

D’abord très sûrs d’eux, et réfractaires à toute forme de hiérarchie, les camerounais ont tendance dans leur façon de s’exprimer, de fouler aux pieds et à désacraliser ce qu’ils ont naguère adoré.

Mode d’emploi.

Ainsi, que de fois n’a-t-on entendu : « Paul Biya c’est qui ! Je mange chez lui ? Manu Dibango c’est qui ! Richard Bona c’est qui ! Yannick Noah c’est qui ? Samuel Etoo c’est qui ! Roger milla na wou ! Bout man! » et ainsi de suite …

À la mort du grand Manu à Dibango, que le monde entier leur envie pourtant, il s’en est même trouvé qui, sans doute en guise d’hommage posthume, l’ont affublé de l’épithète de «sardinard»  Rien que ça !

L’autre propension, toute particulière aux ressortissants du pays des Lions indomptables, c’est cette tendance pour chacun d’être président de presque tout et de presque rien, à la fois.

Ce que les institutions fantoches ultra – verrouillées leur dénient, ils se l’approprient d’eux-mêmes, à force de distribution de petites prébendes. Généralement, quand vous entendez un camerounais ou une camerounaise, donner facilement du « Président ou Présidente» à un de ses compatriotes, c’est que dans son esprit l’heureux destinataire est une cible facile, à qui l’on escompte soutier quelque argent par le subtil moyen de la flatterie à bas frais.

Le grand classique en somme, car depuis le Corbeau et le Renard (La Fontaine), il est de notoriété publique, sauf chez les néophytes, que tout flatteur vit aux dépens de celui est disposé à écouter et à gober ses salades.

Tout Seigneur tout honneur bien sûr, et aucun titre de noblesse, fut-il décerné par usurpation, n’allant jamais sans décorum correspondant ou approprié, ces présidents dans leurs singeries chimériques, vont jusqu’à former des gouvernements, où figurent bien entendu ces courtisans d’un genre particulier, dont le véritable rôle est de caresser, flatter et entretenir leur orgueil ou égo.

On sait à partir de la fameuse pyramide de la hiérarchie des besoins, chère à Maslow, le rôle déterminant de l’estime de soi, dans le psychique d’un parvenu, pour qui l’apparence et la perception qu’ont de lui les autres sont des facteurs cardinaux, et déterminants.

Alors pour un pays comptant en forçant les stats 35 millions d’habitants, on ne compte pas moins de 20 millions de présidents, toutes catégories confondues.

Alors comment devient — on président de paillettes et galipettes au Cameroun ?

1 — Offrez à une bande d’oisifs désargentés, et généralement analphabètes, une tournée de quelques bouteilles de champagne et whisky, dans une obscure boîte de nuit quelconque, et hop ! Vous voilà bombardé du titre de président le temps d’une soirée. Et malheur à vous, si vous ne rééditez pas l’exploit le lendemain.

Il suffira alors juste que quelqu’un fasse allusion à vous en vous désignant par le titre de «Président du Pont ‘par exemple, que vous soyez présent ou absent ne change absolument rien à l’affaire. La réaction fuse aussitôt : «Président de quoi ! Mouf il a quoi ? Pardon qu’il dégage !»  L’artiste Donny Elwood, l’a bien illustré dans sa chanson Akao manga : «Foiré, enfoiré«.
Mêmement, quelqu’un s’aventure-t-il assez imprudemment en ces lieux d’évoquer les mérites académiques d’un des participants à ces orgies nocturnes, qu’il se fait aussitôt violemment rabrouer et recarder : «Doctorat de quoi ! Pardonne achète ici on boit. Laisse — nous ça !»  

Pour revenir à l’actualité, les camerounais, pour ceux d’entre eux qui possèdent quelques méandres de droit, ont été estomaqués d’apprendre à la faveur de l’arrestation du journaliste Ernest Obama, qu’un des chefs d’accusation retenus à son débit, était qualifié de ‘haute trahison Alors de prime à bord, j’ai naïvement, et je n’étais pas le seul dans ce cas, que le sieur avait volontairement fait fuiter des informations ultra-confidentielles, relevant du secret d’État parce qu’ayant trait aux questions de sécurité nationale, à destination des Amba boys, ou de la nébuleuse islamique Boko Haram.

Que neni ! Il se trouve juste que le sieur Jean-Pierre Amougou, l’employeur de l’accusé, étant très introduit après du tyran camerounais, s’est sérieusement mis à croire que, du fait de sa ‘proximité sociologique ‘mot désormais à la mode au Cameroun, il pouvait lui aussi prétendre au titre de président si ce n’est par filiation amicale, tout au moins par procuration.

Cameroun : pays du Franglais, Jean — Pierre Du Pont
Cameroun : pays du Franglais, Jean — Pierre Du Pont

Je sais que le mot sur le strict plan de la sémantique est absurde, mais je l’emploie bien à dessein vu le contexte un peu particulier. Si le dictateur camerounais lui accorde son amitié, c’est donc qu’il lui accorde aussi en partage ce titre et partant toutes les prérogatives qui vont avec ! Ainsi, manquer à sa confiance vous réserve exactement le même type de châtiment, auquel vous exposerez une témérité identique à l’endroit de président camerounais.

Il y a en effet quelques années, un universitaire de haut rang, qui vient de voir sa courtisanerie remerciée par une promotion fulgurante, et ancien condisciple du sieur Ernest Obama, dans la traque, la diabolisation et le dénigrement systématique des Bamilékés, préconisait sans rire, la canonisation (je force un peu le trait) ou plus exactement l’institutionnalisation de la compagne du président. Une ancienne ‘call girl «muée en symbole national, c’est franchement fort de café».

Même feu le maréchal Mobutu, roi du Zaïre dont Dieu sait qu’il ne reculait devant aucun abus, n’a pas osé franchir un tel Rubicon. Jean Bedel, qui traduit dans les actes, ce que pensaient tout bas ses collègues du syndicat des dictateurs africains, en se faisant sacrer Empereur, n’avait pas malgré ses manifestations de démence, n’avait pas tenté une telle incongruité.

Le Cameroun c’est vraiment le Cameroun.

Jean — Pierre Du Pont

Source: https://www.facebook.com

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