CE QUE J’ENSEIGNE À MES ÉTUDIANTS AMÉRICAINS

Concierge de la République

CE QUE J’ENSEIGNE A MES ÉTUDIANTS AMÉRICAINS, Concierge de la République
CE QUE J’ENSEIGNE A MES ÉTUDIANTS AMÉRICAINS, Concierge de la République

Je leur dis toujours ceci, moi-ci, ne l’oubliez jamais, je suis Bangangté, et ce n’est pas une tribu, mais un surnom, un nom donne donc, et c’est-à-dire, qui a refusé l’esclavage. C’est-à-dire que quoi ? Que je fais partie de ceux-là qui ne sont pas vaincus, eh oui. Et puis je leur dis ceci : regardez les USA où nous sommes. Le colonialisme a totalement gagné, et pour preuve, il n’y a même pas un seul Natif américain (« Indien »), dans la salle-ci où nous sommes. Même pas un seul, alors que c’est leur propre pays ! Ils ont été si défaits qu’ils ont été extincts, génocides, et ceux qui restent c’est nous-ci qui avons pris leur place, et qui parlons anglais. Or un truc comme ça n’est pas seulement impossible en Afrique, moi-ci, Africain, j’ai encore le choix, et en plus, à côté de l’anglais je parle ma langue maternelle. Ici d’habitude ils me demandent quelle est la langue-là – je leur dis alors, le medumba. Ils me demandent de parler un peu en medumba, et je parle en medumba, et leur demande s’ils me comprennent. Évidemment ils ne me comprennent pas. Je leur dis alors que l’histoire de l’Afrique est mal enseignée, très mal enseignée, car on leur divise l’histoire multimillénaire de l’Afrique entre précolonial, colonial et postcolonial pour leur donner l’impression de la défaite africaine après le colonial, alors qu’on devrait plutôt leur dire ceci : que l’Afrique est le seul continent ou le colonialisme a été totalement défait, si défait que personne d’entre eux ne se ferait jamais un ami africain s’il était colonialiste, s’il dit a l’Africain-la qu’il est un colon. Cela est donc une défaite totale du colonialisme, car aucun Africain n’aime le colonialisme. Si défait le colonialisme a été, que moi-ci, je peux venir dans leur pays les enseigner après seulement un siècle de colonialisme.

Mais surtout, je leur dis que le colonialisme a été défait, pas par les armes, car les blancs ont les armes et même la bombe atomique. Il a été défait par une mouche, la mouche tsétsé, et par une maladie, le paludisme. Car je leur dis ceci — l’Amérique où nous sommes avait déjà été colonisée en 1465, alors que l’Afrique n’a pu être colonisée qu’en 1884, quatre cents ans plus tard, oui, quatre cents ans plus tard, je répète. C’est-à-dire que quoi, ils me demandent, et alors je leur dis que pendant quatre cents (400 !) ans l’Afrique résistait, résistait avec le ciel, avec la terre, avec les arbres, avec les hommes, avec les femmes, avec la lumière, avec le soleil, avec tout ce qu’elle avait, l’Afrique résistait. Résistait, résistait, se battait avec les lions, avec les chèvres, avec les caillous, avec le sol, et même avec les moustiques, car il a fallu que les Blancs inventent le remède pour défaire le palu pour qu’enfin l’Afrique soit colonisée. Mais cela ne suffisait pas, car l’Afrique résistait encore avec ses langues, avec ses peuples, avec tout ce qui lui restait, elle résistait. Alors je leur dis que c’est ce qui est beau en Afrique, car l’Afrique résiste encore, et je leur montre le continent, je leur dis, regardez le nombre de guerres qu’il y’a la, c’est tout simplement parce que l’Afrique est une terre bénie de la liberté, car terre qui résiste. Nous naissons et grandissons sur des champs de bataille, parce que l’occident n’arrive pas à gagner cette guerre qu’elle mène contre nous malgré sa multitude de fronts ! Aux États-Unis, les Natives Américains ne peuvent plus résister, car ils savent que le gouvernement américain a la bombe atomique, alors que chez nous, en Afrique aucun tyran n’a la bombe atomique. Ils peuvent même être cueillis avec les mains nues, et étranglés sur la place publique, je leur dis ça, et que c’est ce que nous ferons de Biya. L’etrangler sur la place publique. Ils me demandent, Biya c’est qui, je ris seulement, je piaffe et leur dis, passons.

Je leur dis que moi-ci, je viens d’une longue lignée de gens qui ont toujours et toujours refusé l’esclavage. Et je leur montre encore la carte de l’Afrique. Je leur dis, regardez bien, ils regardent, et je leur demande : vous remarquez quoi ? Ils ne remarquent rien. Eh bien, je leur dis, toutes les capitales africaines sont sur la cote. C’est parce que le cœur de l’Afrique n’a pas été pris, ne peut pas être pris, ne sera jamais pris. Je leur demande s’ils savent pourquoi il ne sera jamais pris. Ils me disent qu’ils ne savent pas. Il était protégé jadis par la mouche tsé-tsé, je leur dis, et aujourd’hui il est protégé par les milliers de langues africaines, par l’immense diversité du continent africain, qui fait qu’il soit impossible de prendre tout le monde, parce que, je leur dis, les Africains ne viendront jamais, jamais, jamais tous en Europe ou aux USA, jamais les Africains ne vont tous quitter l’Afrique, et je leur dis que cette diversité-là c’est ce qui fait qu’il n’y aura jamais union entre Africains en Afrique, car les Africains résistent avec leur diversité, oui, je leur dis que nous résistons avec notre diversité, avec notre multiplicité, avec la totalité de ce que nous sommes et qui est si nombreux que personne ne pourra jamais nous embrasser tous. Je leur dis, voyez-vous, l’Afrique est si proche de l’Europe et aussi vaste que les Amériques, et pourtant l’Europe a été incapable de la coloniser comme elle l’a fait pour les Amériques — nous parlons encore nos langues, eh oui ! La raison est simple, l’Afrique sait résister, l’Africain sait résister à l’esclavage, sait résister, sait résister, et il y’aura toujours un Africain qui ne sera pas soumis, un dernier Africain qui résistera, et je serai cet Africain-là. Bangangté.

Quand je leur dis ça, ils applaudissent d’habitude. Sans blague.

Concierge de la République

Source: https://www.facebook.com

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