QUAND LA GRÈVE DES ENSEIGNANTS FAIT BOUGER LE GOUVERNEMENT CAMEROUNAIS. FAUT-IL CROIRE AUX PROMESSES ?

QUAND LA GRÈVE DES ENSEIGNANTS FAIT BOUGER LE GOUVERNEMENT CAMEROUNAIS. FAUT-IL CROIRE AUX PROMESSES ?

OTS
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Par YEFOU Simon

     Depuis près d’un mois, les enseignants camerounais du secteur public ont engagé un bras de fer avec le gouvernement en déclenchant une grève. Il s’agit pour les enseignants fonctionnaires du primaire et du secondaire de manifester leur ras-le-bol par rapport aux nombreuses frustrations dont ils ont été jusqu’ici l’objet et aux promesses gouvernementales non tenues. En effet, beaucoup d’enseignants sortis des Écoles Normales travaillent de nombreuses années sans salaire et lorsqu’ils finissent par être intégrés à la Fonction publique, il ne leur est donné mensuellement que les deux tiers de ce qui leur est dû très souvent sans rappel. Quant au tiers restant, il ne leur est payé qu’après des démarches dignes d’un chemin de croix s’étalant sur plusieurs années. C’est au terme de ces démarches que ce tiers restant est rappelé aux bénéficiaires mais après avoir corrompu les agents véreux qui demandent parfois jusqu’à 30% du montant à percevoir. Les avancements et les allocations familiales sont bloqués depuis belle lurette. L’indemnité de non logement est insignifiante par rapport aux coûts actuels notamment dans les grandes villes. Le statut particulier des enseignants adopté en décembre 2000 n’a jamais été mis en application car les textes particuliers qui devaient accompagner sa mise en application sont toujours attendus.

Ce n’est pas pour la première fois que les enseignants camerounais du secteur public se mettent en grève. C’est ainsi qu’on se rappelle de la grande grève de l’année scolaire 1993/1994 consécutive à la double baisse drastique des salaires des fonctionnaires camerounais survenue en janvier et en novembre 1993. En effet, en janvier 1993, le gouvernement camerounais baissa les salaires des fonctionnaires de 30%. En novembre de la même année, une autre baisse survint car ce qui avait été baissé de 30% fut baissé de 50% soit près de 70% de baisse des salaires en une seule année pour les deux baisses cumulées. C’était du jamais vu dans aucun autre pays du monde. Pour couronner le tout, la dévaluation du franc CFA de 50% survenue en janvier 1994 acheva de plonger les fonctionnaires camerounais dans le marasme. Pour manifester leur dégoût par rapport à ces mesures inhumaines, les enseignants camerounais du secteur public déclenchèrent une grève illimitée qui dura près de 4 mois. Mais cette grève s’acheva sans que les enseignants n’aient rien obtenu car le Ministre de l’Éducation Nationale de l’époque, Robert MBELLA MBAPPE qui était allergique à toute forme de négociation et demandait aux enseignants de courir plutôt que de marcher, engagea la répression tous azimuts notamment par les suspensions des salaires. Les enseignants durent reprendre le travail la mort dans l’âme et sans avoir rien obtenu de leurs revendications. C’est le remplaçant de Robert MBELLA MBAPPE en la personne de Joseph OWONA qui consentit à négocier avec les syndicats des enseignants et ce sont ces négociations qui aboutirent à la fin de l’année 2000 à l’adoption d’un Statut particulier pour le personnel de l’éducation. Jusqu’à nos jours, les effets financiers de ce Statut particulier n’ont jamais été mis en application alors qu’ils auraient pu apporter une bouffée d’oxygène aux enseignants. Le profil de carrière contenu aussi dans ce Statut particulier n’a lui aussi jamais été mis en application d’où l’opacité digne de la mafia sicilienne qui règne dans les nominations aux postes de responsabilité dans les ministères en charge de l’éducation notamment la nomination des chefs d’établissement. En effet, les postes de chefs d’établissement ne sont qu’exceptionnellement attribués aux plus méritants car très souvent, ce sont les plus médiocres des enseignants qui mettent toutes les batteries en marche pour décrocher ces postes alors que le Statut particulier avait clairement défini à qui ils devraient revenir. Pour obliger le gouvernement camerounais à mettre ce Statut particulier en application, les enseignants camerounais avaient déjà lancé au cours de l’année scolaire 2001/2002 une grève originale qui consistait à attribuer aux élèves la note maximale (20 sur 20). Cette grève originale avait déjà créé une véritable panique au niveau du gouvernement, des élèves et des parents.

Les enseignants camerounais sont les seuls fonctionnaires qui font encore à peu près correctement leur travail, les autres corps de fonctionnaires à l’instar de la magistrature, les régies financières, les affaires foncières et l’administration en général étant réputés pourris car la corruption généralisée et les détournements des fonds publics y règnent en maîtres et sont devenus un sport national. Bien sûr que certains retorqueront que la corruption n’est pas totalement absente des établissements scolaires. Mais rappelons que les chefs d’établissement accusés de pratiquer la corruption dans les recrutements d’élèves ne représentent même pas le 1% du corps enseignant. C’est dire que les enseignants camerounais sont pratiquement les seuls fonctionnaires n’ayant aucune possibilité autre que les salaires d’allonger leurs fins de mois, exception faite de quelques-uns qui font les vacations dans les établissements scolaires privés. C’est pour toutes ces raisons que la précarité règne en maître chez les enseignants finalement victimes d’un triple complot. D’abord, le complot des élèves qui sont de plus en plus indisciplinés, irrespectueux et même violents vis-à-vis de leurs enseignants. Ensuite, le complot des parents qui soutiennent souvent le comportement irrévérencieux de leurs enfants à l’égard des enseignants. Enfin, le complot de l’État qui a abandonné les enseignants à leur triste sort en ignorant que ce sont les fonctionnaires ayant la durée de travail hebdomadaire la plus élevée car leur travail se prolonge jusque tard dans la nuit et même les weekends.

Dès l’éclatement de l’actuel mouvement de grève, le gouvernement camerounais s’est mobilisé comme jamais auparavant et des promesses allant dans le sens de l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail ont été faites aux enseignants. Mais compte tenu de la mauvaise foi habituelle de ce gouvernement, les enseignants ont maintenu le mot d’ordre de grève en disant vouloir constater le début effectif de l’application des mesures annoncées pour envisager la suite à donner à ce mouvement. Les enseignants sont d’autant plus méfiants que parallèlement aux négociations entamées par la primature et les ministères en charge de l’éducation, d’autres membres du gouvernement à l’instar de ceux de l’Administration territoriale et du Travail ont plutôt fait des sorties fracassantes pour proférer des menaces aux enseignants. Ce qui n’augure en rien des lendemains meilleurs. Par ailleurs, l’une des principales revendications des enseignants à savoir la mise en application effective de toutes les dispositions du Statut particulier des enseignants n’a même pas été évoquée par le gouvernement lors de ces négociations. En outre, le gouvernement parle du manque d’argent pour répondre totalement au volet financier des revendications des enseignants alors qu’il vient juste d’effectuer des dépenses colossales pour organiser une foireuse Coupe d’Afrique des Nations. Dans tous les cas, les enseignants attendent la fin de ce mois de mars pour voir dans leurs salaires s’il y a même eu ne serait-ce qu’un début de bonne foi du gouvernement. Dans le cas contraire, il ne va s’agir de rien d’autre qu’une énième poudre aux yeux des enseignants.

Par YEFOU Simon

Source: https://www.facebook.com

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