SUR L’ABSTENTION – L’ÉDITORIAL DE ‘LE MONDE’

SUR L’ABSTENTION – L’ÉDITORIAL DE ‘LE MONDE’

A moins de deux mois du scrutin présidentiel, le gouvernement tente de conjurer le risque de l’abstention en lançant une campagne de communication pour inciter les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. L’initiative, tardive, est cependant bienvenue quand on constate que 6 % de celles et ceux en âge de voter n’ont pas pris la peine de faire cette démarche. Que ce soit par insouciance, par indifférence ou par dépit, ce désengagement civique, qui frappe surtout les jeunes, constitue un poison pour la démocratie.

SUR L'ABSTENTION - L'ÉDITORIAL DE 'LE MONDE'
SUR L’ABSTENTION – L’ÉDITORIAL DE ‘LE MONDE’

Il tend à distordre la projection politique du pays en donnant la prime aux plus mobilisés. Il contribue en même temps à nourrir la violence contre un système accusé de ne plus assurer correctement son rôle de représentation. Le niveau record de l’abstention atteint aux élections municipales de 2020 et au scrutin régional de 2021 va de pair avec la montée des actes de violence commis contre les élus. Le repli individualiste, la perte des repères collectifs n’expliquent pas à eux seuls la crise du bulletin de vote. Au rythme des alternances s’est développée l’idée que les politiques étaient incapables de tenir leurs promesses, qu’ils étaient impuissants à changer la vie. Donc à quoi bon ?

Dans ce contexte d’extrême défiance, la première urgence serait que les acteurs politiques acceptent de revoir leur partition en conjuguant modestie et pédagogie. S’ils veulent avoir une chance de ne pas décevoir, ils doivent fournir les clés de compréhension d’une époque particulièrement complexe, puis être capables de susciter de l’adhésion autour d’un projet balisé par quelques objectifs réalisables. Au lieu de quoi on assiste depuis le début de la campagne présidentielle à une inflation de promesses et à une instrumentalisation des peurs sur fond d’intense compétition à l’extrême droite du champ politique.

Au sortir d’un quinquennat marqué par trois crises – sociale, climatique et sanitaire –, l’absence de cadrage général sur les grands enjeux de la période – le réchauffement climatique, la répartition des revenus, le poids de la dette – aboutit à une campagne à la fois inquiétante et déséquilibrée, dans la mesure où l’un des principaux acteurs, le président sortant, en est toujours absent.

Rejeter la responsabilité sur la seule représentation politique serait toutefois injuste. Pour lutter contre l’apathie démocratique, il faut réengager le citoyen, l’impliquer directement dans la prise de décision, lui faire toucher du doigt la complexité du mot « représentation ». L’expérience du grand débat, après la crise des « gilets jaunes », n’a été que partiellement réussie, étant donné que nombre de cahiers de doléances sont restés entassés dans des cartons au lieu d’être immédiatement exploités.

La convention citoyenne pour le climat, qui a travaillé entre octobre 2019 et juin 2020, a été à la fois prometteuse et frustrante. Prometteuse parce qu’elle a permis à 150 citoyens tirés au sort et dûment informés d’élaborer un certain nombre de propositions précises pour lutter contre le réchauffement climatique. Frustrante parce que bon nombre de ses participants n’ont pas compris que le gouvernement et le Parlement, soucieux de leurs prérogatives, ne retiennent pas en bloc le résultat de leurs travaux. La tension entre démocratie directe et démocratie représentative était palpable. Elle n’est pas rédhibitoire. L’une et l’autre ont leur place, pourvu qu’elles acceptent de se féconder au lieu de s’affronter. Il faut persévérer dans cette voie.

Lire ici, https://www.lemonde.fr/…/election-presidentielle-2022…

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