POURQUOI JE DIS AKIBA A SAM SEVERIN ANGO?

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POURQUOI JE DIS AKIBA A SAM SEVERIN ANGO  Concierge de la République
POURQUOI JE DIS AKIBA A SAM SEVERIN ANGO Concierge de la République

Hier, j’ai remercié Sam Severin Ango deja, parce qu’il s’est exprimé en bulu aux Bulu, en pleine terre Bulu, à Ebolowa, pour dénoncer le régime bulu – et je me rappelle l’hymne d’Ebolowooo, ‘terre d’opposition à la différence de Sangmelima’, hymne chanté jadis par Joel Didier Engo a Paris, hymne qui s’est fracassé sur les hooligans bulu sortis du ventre de cette ville hier, comme à Sangmelima il y’a quelques temps. Ango, au contraire, a dénoncé le fascisme bulu en disant d’abord ceci, en patois: ‘Je suis un enfant bulu, d’Ebolowa.’ Il l’a fait et a immédiatement reçu de l’eau en plein visage, versé sur lui par ses propres frères qui lui ont ainsi dit qu’il était un traitre. J’ai précisé que j’avais demande depuis toujours, a tous les Bulu que je connais, et qui sont autour de moi, de dénoncer le régime bulu, et spécifiquement de le faire dans leur patois, et qu’aucun d’entre eux, ni Boris Bertolt, ni qui d’autre, ne l’avait jamais fait. Un lecteur assidu m’a demandé pourquoi c’était important de dénoncer les Bulu dans leur patois. Je crois ma réponse n’était pas satisfaisante – j’y reviens donc. La communication est interne et externe. La communication la plus importante selon moi, est interne – car elle permet à une entreprise d’avoir un front uni, de ne montrer aucune fissure, et donc d’empêcher les démissions. Il y’a une image que j’ai déjà prise, celle d’un couple. Le couple ne se bagarre dans la rue, que lorsque le salon est devenu trop petit, et parce que de toutes les façons la chambre à coucher ne fonctionnait plus. Parce que donc il n’y avait plus de communication interne. La communication interne est communautaire, et elle se fait chez nous en patois – encore plus chez les Bulu qui ont la particularité, à la différence des Bamiléké dont plusieurs ne parlent que français, les Bulu ont la particularité d’être tous des locuteurs de leur patois, et surtout, de le parler entre eux, de le définir donc comme un code d’appartenance. A la différence de l’ewondo qui est cosmopolite, et donc parle par plusieurs à cause de Yaoundé, le Bulu est une langue villageoise – un peu comme l’afrikaans, la langue des Boer en Afrique du sud. Une langue fermée donc. Dénoncer le régime bulu en bulu, c’est dénoncer l’apartheid en afrikaans.

Réfléchissez un peu, et demandez-vous: combien de fois avez-vous vu un Afrikaner, un Boer donc, dénoncer l’apartheid en afrikaans, et qui sont-ils qui l’ont fait? Meme en Afrique du Sud, les quelques Afrikaners qui le faisaient, et ici je pense à Breyten Breytenbaach avec qui je suis sur la photo-la, le poète qui fut jeté en prison sous l’apartheid, et finalement finira sa vie en exil, le faisaient en anglais! La raison est la suivante: ils s’adressaient plutôt à la communauté internationale, aux autres, une manière de demander à celle-ci, de les aider, de les aider, de les soutenir, eux singulièrement qui se sont mis au ban de leur société – de les aider, eux qui ont perdu leur job, leurs postes, c’est à dire les retombées matérielles de faire partie de la tribu gouvernante! Il en est de même des pauvres Blancs dont parle si clairement Hannah Arendt dans ‘Les Origines du totalitarisme.’ La forme de racisme et de fascisme qui ne compte plus que sur la couleur de la peau, sur la tribu – par exemple être Bulu – est absolument brutale par rapport à quiconque est vu ou perçu comme traitre. Il y’a une loi d’ormeta qui frappe la tribu bulu, la même loi qui frappa jadis les Nazis, et évidemment les Boers. La langue permet de jeter une flèche dans le cœur de ceux qui y sont tenus, car ils se savent doublement exposés. Ils sont exposés d’abord à l’extérieur, car ils se croyaient protégés par l’ormeta, et ils sont exposés de l’intérieur, car ils se rendent compte que l’un d’eux fait entrer dans le graal, le mode de penser qui leur ferait perdre leur pouvoir, la seule chose qui leur reste et qu’ils attachent à la couleur de la peau, ou alors à l’appartenance à une tribu. Parler aux Bulu en bulu de changement, les met ainsi absolument sans caleçon, car ils se savent doublement trahis. Jusqu’à Sam Severin Ango, personne ne l’avait fait aussi clairement. Mongo Beti comme nous savons tous, parlait exclusivement en français. Et il était Ewondo en plus! Tous ceux qui sont venus après lui, tous les Bulu critiques donc, ont suivi cette trace bien définie. C’est évident donc que leur propre communauté les regardait avec amusement, et les Bulu appelaient d’ailleurs Mongo Beti ‘Mongo Bami, en ricanant, le laissant entrer et sortir à Akometan comme il voulait – jusqu’à la nouvelle frontière tracée par Ango.

L’expérience de parler a un peuple en sa langue, c’est la nourriture de l’écrivain. Je l’ai vécu depuis le moment où j’ai commencé à parler en medumba. Partout, y compris au pays, ce sont des mamans qui viennent m’embrasser. Et je ne parle même pas d’Occident – à Paris, aux États-Unis, etc. – partout, elles sortent m’embrasser. Et partout aussi, vous vous en êtes sans doute rendus compte, de plus en plus de gens m’appellent par mon ndap – Tanou. Je ne l’ai pas demandé, je ne l’ai jamais demandé, mais il s’est imposé. Ce qu’Ango a vécu en terre bulu, c’est l’inverse. Il a été chassé par ses propres frères et sœurs captifs de l’ormeta de la haine. Il a été craché dessus par sa propre communauté qui, notons-le, ne s’est pas retourné aussi violemment contre lui quand il s’exprimait en français, et qui ne s’est pas retournée de la même manière violente contre Appolinaire Oko, lui aussi Bulu pourtant. La trahison de Ango était donc bien particulière, et notez aussi qu’il n’a pas parlé en bulu de sa propre décision. Il a été prompt par les gens autour de lui qui comprennent, qu’ils savent bien de quoi je parle. Nous vivons en effet dans un pays ou le discours public – tenu en français – est subverti par le discours prive – tenu en patois. Et cette dichotomie se vit encore plus dans le Sud. Le fascisme se fait en patois. Je répète: le fascisme se fait en patois. Il est de ce fait extraordinaire de voir quelqu’un deja faire un meeting politique au Cameroun en sa langue, car nos langues ont été transformées en langues fascistes. En langues qui permettent donc d’exclure l’autre. ‘Y mettre le code’, comme a dit une personne sur ma page. Pour donc ne pas être compris. Et cela se voit chez les Bulu qui sont critiques du pouvoir bulu en français – les Enoh Meyomesse, Joel Didier Engo, etc – et qui demandent de dorloter le peuple bulu, ou le font eux-memes quand ils parlent en bulu, quand donc ils parlent a la communauté bulu, c’est plutôt pour la défendre, encore plus en patois. Il en résulte leur changement de camp, leur abandon du message du changement qu’ils prêchent en français, leur tentative de triangulation des forces du changement, et au final, leur retrait de celles-ci – comme c’est le cas de Enoh Meyomesse. Je ne sais pas ce qui adviendra d’Ango qui est déjà passe de l’AFP dont il était devenu membre, au MRC. Mais il vient de tracer une nouvelle frontière de la dénonciation. Il a fermé le modèle institué par Mongo Beti: dénoncer en français, les Bulu qui, entre eux, parlent plutôt bulu. Il l’a fait en patois. En anglais on appelle cela home run.

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Source: https://www.facebook.com

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