Le président et le dictateur – Sarkozy & Kadhafi

Le président et le dictateur – Sarkozy & Kadhafi

https://www.youtube.com/watch?v=KrJ5k12ACf0

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– Monsieur Sarkozy, je vous félicite pour votre élection. Vous méritez la confiance du peuple français.
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– Monsieur Kadhafi, je suis enchanté de vous parler. Je n’ai pas oublié notre rencontre.
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Je garde un excellent souvenir de la qualité de vos analyses. Vous méritez amplement votre titre de guide. – Je suis rassuré d’avoir, avec vous, un ami en Europe. Je vous sais ambitieux et volontaire.
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Nous ferons beaucoup de choses entre nos deux pays. – Oui, Monsieur le guide.
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J’espère vous recevoir en France ou me rendre en Libye. – Incha’Allah, Incha’Allah.
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– Je compte sur votre prière, Monsieur le guide. Je ne prie pas de la même manière que vous, mais je prie le même Dieu que vous. – Merci infiniment.
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– Je vous exprime mes respects et mon amitié Monsieur le guide. – Le 28 mai 2007, l’un des tout premiers dirigeants du monde à qui le président français, tout juste élu, téléphonait longuement, était le chef d’un petit pays d’Afrique du Nord.
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Dès le début, donc, au-dessus de lui, planait l’ombre du dictateur. Bientôt, celui-ci viendra le visiter en ces lieux. Il l’obsédera jusqu’aux derniers instants de son mandat et continuera de le hanter après.
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Jamais sous la Cinquième République, un dictateur n’avait ainsi marqué de son empreinte le quinquennat d’un président.
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Toute cette histoire a commencé que le futur président n’entre à l’Élysée, que le futur président n’entre à l’Elysée, lorsqu’il est allé faire la connaissance du dictateur un jour d’octobre 2005.
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Il est alors un fringuant ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, qui ne fait pas mystère de ses ambitions présidentielles.
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Depuis l’aéroport, son convoi file à travers Tripoli, capitale d’un État de six millions d’habitants que la manne pétrolière a rendu le plus riche d’Afrique. Sur les murs, s’affiche partout l’homme qui le dirige d’une main de fer depuis 1969. Officiellement, le ministre a été convié ici à venir s’entretenir de la lutte antiterroriste et de l’immigration irrégulière. Pourquoi voulez-vous aller en Italie ? Je voulais partir. – Je veux contrôler les choses. – En coulisse toutefois, cette visite a pour le ministre d’autres enjeux plus personnels. Elle a été initiée par un homme de l’ombre, un Libanais. Un intermédiaire en armement, à la fois proche de plusieurs membres de son entourage et familier du pouvoir libyen. En 2005, je rencontre le fils du colonel Kadhafi, en visite privée en France. Il m’invite en Libye pour aller rencontrer son père, le colonel Kadhafi, et je rencontre Kadhafi. Quand je lui parlais de Nicolas Sarkozy, je parlais de lui comme quelqu’un qui allait changer beaucoup la démarche française en général, dans le domaine de la politique extérieure. C’est Seïf qui s’est emballé sur Sarkozy.
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C’est Seïf qui a poussé son père papa, papa papa il est formidable.
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Je retourne en France, je vois Monsieur Guéant et les choses se sont mises en place.
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Monsieur Claude Guéant était venu préparer la visite plusieurs fois. Je l’ai vu au moins deux fois, pas forcément une fois. Monsieur Claude Guéant avait ses propres contacts.
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– Signe de l’importance qu’il accorde à cette relation, Son plus proche collaborateur devient dès lors son agent de liaison avec les libyens.
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En fin de matinée, devant la tente bédouine plantée au milieu de son palais caserne, apparaît le dictateur.
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Depuis peu, il n’est plus un chef d’État paria à la tête d’un pays sous embargo.
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En renonçant au terrorisme et à l’arme nucléaire, il est devenu fréquentable aux yeux des Occidentaux.
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Sous cette tente, il a déjà reçu des dirigeants européens.
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Ce jour-là, il surprend ceux qui connaissent ses habitudes, comme l’ambassadeur français en poste à Tripoli depuis quatre ans. Colonel Kadhafi ne recevait jamais le matin car il avait des nuits sans doute très longues et le matin, il était toujours un peu dans le brouillard si j’ose dire.
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C’était plutôt le soir, l’après-midi ou plutôt le soir. Là, il l’a reçu tout de suite.
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La diplomate Zorah Mansour est une intime du dictateur, la responsable de ses fameuses amazones.
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Le guide m’a dit, Zorah nous honorons quelqu’un qui sera candidat à des élections importantes. S’il arrivait au pouvoir, nous pourrions entretenir de bonnes relations avec son pays. Ça vaut le coup, non ? Ils me l’ont dit.
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C’était l’objectif principal.
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On accueille monsieur Sarkozy parce qu’on sait qu’il peut avoir un destin important en France et être le futur président. Enfin, l’ambitieux ministre, novice sur la scène internationale et l’indéboulonnable dictateur, au pouvoir depuis 36 ans, font connaissance.
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Bienvenue. – Enchanté. Prenez place je vous en prie. L’empressement du libyen à rencontrer ce possible président français a une raison. Merci de me recevoir malgré le ramadan.
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Après avoir vainement tenté de prendre la tête du monde arabe, le dictateur rêve de fonder des États-Unis d’Afrique. Que bien sûr, il dirigerait.
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Autoproclamé roi des rois, ses milliards lui donnent les moyens de ses ambitions. Sur sa route, il craint la France et sa très active politique africaine. La France, qui s’est toujours opposée à ses projets. Ainsi, ses rapports avec le président Chirac sont-ils notoirement glaciaux.
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Il fallait donc améliorer nos relations avec la France coûte que coûte pour qu’elle ne perturbe pas par son influence sur certains pays africains, les discussions sur la fondation des États-Unis d’Afrique. C’était notre but et c’est ce qu’on attendait de Sarkozy à l’époque ministre de l’Intérieur.
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L’un des hommes chargé des relations avec la France est le cousin du dictateur, son stratège, son confident.
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Une chose est sûre, il nous a montré le plus grand respect. Il nous a fait l’impression d’un homme honnête qui voulait sincèrement développer nos relations et corriger les erreurs de la France en Afrique.
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Le dictateur ne peut qu’apprécier ce ministre qui prône publiquement la rupture avec le président français du moment.
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Il s’en retourne en France avec le pouvoir à conquérir. S’il ne revient pas en Libye, plusieurs de ses proches feront le voyage. Parfois pour parler affaire. Après les années d’embargo, le juteux marché libyen suscite des convoitises.
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Ainsi, l’homme d’affaires Takieddine effectue de nombreux séjours dans les grands hôtels de Tripoli.
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Il utilise ses relations dans l’entourage du futur président pour emporter des contrats d’armement et évince ainsi des intermédiaires implantés de plus longue date.
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J’ai mes clients eux-mêmes qui viennent vers moi et qui me disent Ziad Takieddine est arrivé avec un courrier à entête du ministère de l’Intérieur.
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Sarkozy était ministre de l’Intérieur et dans le courrier, il y avait : Je recommande chaudement monsieur Ziad Takieddine, homme de l’industrie très connu par nos services.
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Un homme remarquable pour les industriels Thales, Dassault, Snecma. Allons-y ! Pourquoi pas MacDo ? Il y en avait pour tous les goûts et signé Monsieur Sarkozy.
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J’ai su après que Sarkozy a été interrogé à l’Élysée.
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Sarkozy dit écoutez, soyons sérieux, vous avez une copie. On lui a répondu non, on n’a pas de copie.
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Alors écoutez, vous connaissez les libanais.
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C’est ce que j’ai su qu’il aurait répondu, il connaissait les Libanais. Ce n’est pas lui qui me mandate. Ce n’est pas lui qui me mandate.
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Par contre, Nicolas Sarkozy a reçu officiellement ma désignation comme interlocuteur de la part des Libyens avec lui. Le futur président ne sait peut-être pas tout ce qui se trame autour de lui ou en son nom.
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Pourtant, entre lui et le dictateur, il flotte dès lors un fumet affairiste qui ne sera pas sans conséquence à la fin de cette histoire. Je veux être le président de la France des droits de l’Homme parce que je le crois au plus profond de mon cœur.
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Je ne veux pas, je ne crois pas à ce qu’on appelle la realpolitik qui fait renoncer à ses valeurs.
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Je ne veux être complice d’aucune dictature à travers le monde. En janvier 2007, celui qui exprimait son respect au dictateur lance sa campagne présidentielle sur un bien autre ton.
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Gagner une élection vaut bien de se poser en chantre des droits de l’Homme, surtout lorsqu’on est précédé par une réputation de ministre de l’Intérieur à poigne.
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– C’était l’époque où une certaine gauche intellectuelle s’insurgeait de ses propos et à un moment donné, on a senti chez lui le besoin de s’adresser à ces intellectuels-là. Parce que, même s’ils ne sont pas majoritaires dans le pays, ils ont une certaine influence.
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Nicolas Sarkozy était très sensible à ce que pouvaient penser les Bernard-Henri Levy, les Glucksmann, les Bruckner.
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Les droits de l’Homme ne pouvait pas ne pas me plaire.
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En plus, il est vrai que Nicolas Sarkozy avait un langage et dans sa campagne, des thèmes qui étaient très nouveaux par rapport à l’orthodoxie de la droite. Deuxième grand objectif de la France, promouvoir les libertés et les droits de l’Homme sur la scène internationale.
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Je ne me tairai jamais devant ces insultes aux droits de l’Homme. Bien la France.
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Elle n’est-elle même que quand elle promeut la liberté contre l’oppression.
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– C’est ainsi qu’à l’issue de la campagne, il recrute deux personnalités atypiques qui compteront dans la suite de cette histoire.
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De Bernard Kouchner héros de l’humanitaire, il fera son ministre des affaires étrangères.
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Il invente une fonction inédite sous la Cinquième République, celle de secrétaire d’État aux droits de l’Homme, qu’il confiera à la jeune Rama Yade.
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– C’est Nicolas Sarkozy qui est élu président de la République avec 53 % des voix.
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Résultat salué par une ovation de ses supporteurs, Salle Gaveau. – Salle Gaveau, un célèbre théâtre parisien.
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La foule ignore qu’elle va assister au premier acte de la pièce que le nouvel élu s’apprête à jouer avec le dictateur. Après les généreuses paroles du candidat, place aux actes du président.
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Sans grande surprise, il fait un discours de vainqueur. Salle Gaveau à Paris, devant ses supporters.
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Puis, dans l’euphorie générale, il place le début de son mandat sur le terrain de la politique étrangère.
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C’est en Méditerranée que tout va se jouer.
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Qu’il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation.
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Le temps est venu de bâtir une union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique.
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Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe il y a 60 ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’union de la Méditerranée. – Réunir tous les pays riverains de la Méditerranée au sein d’une union politique, telle est sa spectaculaire et surprenante promesse.
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Tout juste élu et déjà, il aspire à un coup de maître qui prouverait à tous qu’il est ce grand président pareil à nul autre qu’il promettait d’être. Pour réussir son pari, il a besoin du soutien d’un État d’Afrique du Nord. Incontournable autant que peu coopératif, dirigé par un peu commode dictateur.
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Le nouveau président a de bonnes raisons de penser qu’il trouvera en lui un allié. En ce début de quinquennat, tous les chemins le mènent en Libye. Il s’attelle sans tarder à son union pour la Méditerranée, s’efforçant de convaincre les chefs d’État de la région d’y adhérer.
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Il a aussi en tête les grands contrats qu’il pourrait obtenir de la riche Libye.
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Lui qui a promis de ramener milliards et emplois aux entreprises françaises. Puis, cerise sur le gâteau.
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Il saisit l’opportunité de réaliser un bon coup de communication qui contribuerait à sa gloire.
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À Tripoli en effet, l’imprévisible guide libyen a suscité un nouvel obstacle dans ses relations avec l’Occident. Il détient cinq infirmières bulgares dont le calvaire émeut l’opinion internationale.
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Injustement accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants, torturées, elles viennent d’être condamnées à mort.
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Depuis des mois, l’Union européenne négocie leur libération avec le dictateur. Ok, suivez-moi Madame. Par ici.
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En ce mois de juillet 2007, la commissaire aux relations extérieures est sur le point de réussir.
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Dans une journée, parce qu’ils changeaient toujours tout, on a négocié ça et c’était prêt à signer. Là, nous voulions signer, tout à coup, les Libyens ont coupé tout.
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Ils voulaient savoir, oui, on n’est pas sûrs. Nous avons fait le travail.
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On ne savait pas que Sarkozy négociait derrière. À l’Élysée, dans la plus grande discrétion, entouré de sa seule garde rapprochée, Jean-David Levitte, son conseiller diplomatique Henri Guaino et l’indispensable Claude Guéant, le président joue en personne les négociateurs. – On me passe un coup de téléphone.
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Le président Sarkozy aimerait parler à Kadhafi.
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Dis-nous où se trouve Kadhafi à 14 h ou à 17 h ? C’est comme ça que les choses se passaient. J’ai eu au moins quatre coups de téléphone.
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Pour les sauver, il fallait aussi accepter, en contrepartie, de discuter avec le colonel Kadhafi. Ça a beaucoup joué, parce que Kadhafi se sentait considéré. Quand vous recevez un coup de téléphone, quand vous recevez un message écrit c’est une chose, mais qu’ensuite vous voyez, quinze jour après, un nouvel appel, à trois ou quatre reprises, ça marque.
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Surtout avec ces pays-là qui sont les pays où la relation humaine est fondamentale.
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Pour devenir le libérateur des innocentes infirmières, le président est prêt à offrir beaucoup. Il sait que le dictateur rêve d’effectuer une prestigieuse visite officielle en Occident pour marquer son retour sur la scène internationale. C’est en échange du sauvetage des infirmières bulgares qu’a été faite la promesse de recevoir le colonel Kadhafi en visite d’État à Paris.
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Le président accède à un autre désir cher au dictateur. Affligé d’avoir dû renoncer à l’arme nucléaire, le Libyen veut posséder au moins une centrale nucléaire, symbole de puissance.
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Depuis des mois, il sollicite les autorités françaises, jusqu’à présent circonspectes face aux caprices d’un dictateur réputé incontrôlable.
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Des gens qui étaient tout à fait opposés à s’aventurer ou à s’engager, ce n’est pas une aventure.
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À s’engager dans cette voie, même à pas comptés.
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Là-dessus, le président de la République a arbitré parce que là, à chaque reprise, dans les entretiens auxquels j’ai assisté, à plusieurs reprises, le président Kadhafi, ça lui tenait à cœur ce point-là. C’était un personnage extrêmement intelligent, très manœuvrier, un homme de pouvoir très efficace. Il a tiré tout le parti qu’il pouvait tirer de cette négociation. Ils n’ont pas cherché à obtenir davantage.
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C’est l’accord de défense qui a fait un tout petit peu de problème. Parce que les Libyens voulaient une sorte de clause de défense en disant que s’ils étaient attaqués, la France devait les aider. Il n’était pas question de ça et je sais que mon homologue libyen m’a dit, je n’ai pas pu obtenir. Je lui ai dit c’est exclu, il ne faut pas chercher. Ça ne passera jamais.
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Le dictateur a obtenu presque tout ce qu’il pouvait espérer. Dans la nuit du 22 juillet 2007, le deal est scellé. Quarante-huit heures plus tard, en Bulgarie, un avion de la République Française rend la liberté aux malheureuses.
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Des dizaines de journalistes sont venus retransmettre ce succès présidentiel.
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Ils découvrent alors qu’il comporte un inattendu volet conjugal. Madame Sarkozy.
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Pour aller chercher les infirmières en Libye, le président s’est fait représenter par sa femme, Cécilia.
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Un geste envers le dictateur et peut-être même plus que cela. On est des Arabes, vous savez.
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Il a envoyé sa femme à Tripoli, ça compte. Ça nous était difficile de refuser la demande d’une femme sur un sujet comme celui-là.
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Je crois que pour lui, c’était important aussi pour montrer à Cécilia qu’elle pouvait jouer un grand rôle si elle restait. C’est un peu ce que j’ai compris quand elle était avec moi dans l’avion.
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Il espère, à travers l’affaire libyenne, qu’elle va trouver sa place et que, comme cela a marché, il imagine qu’il va pouvoir la garder, comme ça. – Madame Sarkozy.
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Avec sa femme, le président vit une crise de couple. Il cherche à la retenir par tous les moyens, y compris les moins conventionnels. – Madame Sarkozy.
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Baroque, exercice du pouvoir où diplomatie et vie privée se mêlent.
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Mesdames et Messieurs, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation dans des délais aussi brefs.
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Je voulais vous dire quelle était notre joie devant la fin de ce long calvaire qui a frappé cinq femmes. Puis vous comprendrez que je dise également que Cécilia a fait un travail tout à fait remarquable.
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Que pourrait une phrase courte et n’en est pas moins très sincère. Deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, le dictateur lui offre cette victoire diplomatique éclatante de surcroît parée de bons sentiments de toutes sortes.
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Ce ne sont pas les interrogations de la presse qui vont gâcher ce moment.
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On sait bien que rien ne se fait avec le colonel Kadhafi sans compensation. Si vous me poser la question la France a-t-elle versé un euro ? Ma réponse, c’est non. De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait d’arracher cinq malheureuses femmes à un sort bien peu enviable.
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Il y avait un problème à résoudre, on l’a résolu, point.
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Pour servir nos intérêts, dans notre projet africain, nous avions décidé de soutenir Nicolas Sarkozy dans cette affaire, par tous les moyens.
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En l’occurrence, nous voulions lui donner une carte à jouer.
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Cette carte, le président va venir la jouer en Libye dès le lendemain.
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Deux ans après son premier séjour, le président est de retour à Tripoli. L’ambassadeur méritant et le chef du protocole libyen l’attendent au bas du tapis rouge.
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Il est accueilli en grande pompe et en terrain connu. – Bienvenu.
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Soyez le bienvenu dans notre pays Merci – Voici notre ministre des affaires étrangères.
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Monsieur Bachir (secrétaire de Kadhafi) La libération des infirmières est pour le président des droits de l’Homme, un paravent commode. Qui s’offusquerait en effet de cette escale à Tripoli, au lendemain d’une si émouvante libération ? Il peut passer en toute quiétude aux choses sérieuses avec le dictateur. Autant la première visite avait été un peu fade, discrète, autant alors là, ça a été la fiesta. Dans le jardin de sa caserne, au pied d’un bâtiment laissé en l’état depuis le bombardement américain de 1986, c’est un dictateur en tenue d’apparat qui accueille le président et son importante délégation.
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Parmi elles se trouve la jeune secrétaire d’État aux droits de l’Homme, Rama Yade. Arrivé à moi, il me serre la main et je lui serre la main. Il était d’ailleurs étrange, on n’aurait pas dit un président parce qu’il était habillé en costume blanc avec sur la poitrine une carte de l’Afrique en plastique noir et puis des lunettes de soleil.
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Ses cheveux tout mouillés ou huileux, je ne sais pas trop.
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Il se pensait le représentant de l’Afrique et moi étant d’origine africaine, il a dû penser qu’on devait avoir une complicité particulière.
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Il me dit mais comment à 30 ans, vous êtes ministre ? Moi, du tac au tac, je réponds : « Vous à 27 ans, vous aviez bien fait un coup d’État. » Là, je vois le regard du président Sarkozy qui part dans tous les sens.
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Puis lui, ça le fait rire manifestement.
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L’heure est à l’idylle, surtout lorsque vient la signature d’une dizaine d’accords de coopération. – Je ne sais pas combien il y a de documents.
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Qu’est-ce qu’on signe comme accords, je ne m’en plains pas. Auparavant, c’est moi qui avait été chargée de rédiger ces accords.
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Le guide m’a dit textuellement : « Zorah, s’agissant de la France, il ne faut pas t’inquiéter, Sarkozy est notre ami, tout va bien pour nous. » L’accord sur la défense en particulier, a de quoi réjouir le dictateur. La France entraînera ses forces spéciales et lui fournira les armes les plus modernes. À la suite de ce rapprochement, les Français lui vendront même un système de surveillance d’Internet qu’il utilisera pour traquer ses opposants.
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Ceci, il est vrai, pèse à l’époque fort peu dans la balance. Quand vous faites des contrats de vente d’armes, vous imaginez bien que le gouvernement peut effectivement les utiliser d’une autre manière que pour préserver l’indépendance nationale. Faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Il vont toujours trouver quelqu’un pour leur vendre des armes.
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Là encore, c’est la difficulté.
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Difficulté morale de tout ça, mais le monde est comme il est.
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Pour le président, ces accords sont de moindre importance à côté du dossier qu’il a prévu d’évoquer dans quelques minutes avec le dictateur. Sa chère union pour la Méditerranée. Après deux mois de présidence, elle semble à portée de main.
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Il a besoin toutefois du soutien déterminant de son hôte. C’était un axe majeur de sa politique étrangère.
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Lui, arrivait avec un esprit cartésien et une discussion structurée en tête. En face, l’interlocuteur n’était pas dans les mêmes dispositions intellectuelles, disons. J’ai le souvenir d’une scène de théâtre, d’une incommunication flagrante d’une comédie jouée par Mouammar Kadhafi. Avec tout l’enthousiasme dont il est capable, le président expose sa vision géopolitique au maître des lieux à qui il offre de le rallier. C’était un sphinx.
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Il ne répondait pas ou il disait trois ou quatre mots en arabe, sans rapport du tout avec la discussion qu’on voulait avoir avec lui. Il y avait des éclairages sur ce qu’on pouvait lui vendre. En général, c’était je ne sais pas quoi, des armes anti-chars. Nous ne savions pas, il fallait qu’on prenne des conseils. Le dictateur élude.
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Bernard Kouchner recentre la discussion avec un peu d’insistance. Le président l’a repris en disant pratiquement, Kadhafi, n’écoutez pas ce que dit mon ministre des Affaires étrangères. Sarkozy voulait une visite qui se passe bien.
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Il disait, je suis là pour faire plaisir à mon hôte.
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Autant ne pas évoquer les choses dans le détail. En gros, le président a dit on verra, on vous précisera les choses, les grandes lignes, tout ça. Lorsqu’il quitte la tente, le président ne doute pas de gagner son hôte à sa cause. Le dictateur, lui, masque sa déception.
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Il escomptait un président acquis à ses rêves africains.
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Il reçoit un ambitieux qui lui demande de se rallier à un projet concurrent. Nous pensions que Sarkozy avait pris en compte le projet que nous avions impulsé en Afrique.
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Là, nous constatons qu’il cherche juste à se donner un rôle historique et qu’il veut être le chef.
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Kadhafi a toujours eu cette ambition un peu fantasque, de rassembler l’Afrique ou en tout cas une partie de l’Afrique. Il a essayé d’atteindre cet objectif plus par l’ingérence que par la coopération.
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Notre message assez évident était de lui dire puisque vous avez renoncé au terrorisme et aux armes de destruction massive, renoncez aussi à l’ingérence, à la déstabilisation de vos voisins.
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Trop sûr de lui, le président mésestime les ambitions du roi des rois d’Afrique. Bref, l’entrevue se révèle un jeu de dupes.
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Chacun se méprenant sur les intentions de l’autre.
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Dans la soirée, Nicolas Sarkozy nous retrouve à l’hôtel où là, il va débriefer longuement son entrevue avec Kadhafi. Il est très content de cette affaire. Il ne cesse de la raconter tant et plus. Il est très content de son début de mandat qu’il veut absolument marquer par un gros coup sur le plan diplomatique. Son grand dessein, c’est de réunir tout le monde.
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Il ajoute Kadhafi dans son puzzle.
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Les échos que j’en ai eu, c’est que les choses s’étaient bien passées. Le colonel Kadhafi s’était montré très ouvert sur l’idée d’une union pour la Méditerranée. De retour vers la France, il reste à l’hyper président, comme on commence à le surnommer, à honorer une promesse.
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La visite officielle qu’il a offerte au dictateur.
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Il compte bien qu’elle renforce son entente avec lui et parachève sa grande offensive diplomatique de début de mandat. Cinq mois plus tard, en décembre. La femme du président est finalement partie. Le dictateur arrive.
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La veille de sa venue, les deux hommes se croisent à Lisbonne dans le cadre d’un sommet international. Bonjour Monsieur Kadhafi.
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Je suis très heureux de vous recevoir en visite à Paris Le président va recevoir un dictateur resté fidèle à lui-même. Il vient de faire scandale en déclarant à un journal portugais, « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme ». Permettez-moi de dire qu’il y a moins de problèmes à recevoir le président Kadhafi, dont les services collaborent avec les services occidentaux dans la lutte contre le terrorisme, dont les infirmières ont été libérées dans un avion de la République Française. Pour le reste, il a sa personnalité, son tempérament. Ce n’est pas moi qui vais les juger.
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Au petit matin ce lundi, on déroule le tapis rouge, par rouleaux entiers.
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Dans la cour d’honneur de l’Élysée et en face, dans les jardins d’une annexe du palais.
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Première dans les annales du protocole, on y a dressé une vaste tente bédouine.
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Ils ont accepté toutes nos demandes.
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Le message de Kadhafi pour sa première visite en Occident après une longue période de rupture c’était, ce n’est pas parce que je me rends en Europe, que je change.
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Voilà qu’un grain de sable vient gripper le bel ordonnancement. Personne à l’Élysée ne s’est aperçu que le dictateur arrive à une date un peu particulière. La Journée internationale des droits de l’Homme.
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Or, le président a justement nommé une secrétaire d’État chargée de ce sujet-là.
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Avant cela, j’ai rencontré les infirmières Bulgares que je n’avais jamais rencontrées depuis.
00:38:11
Je suis sortie de cette rencontre bouleversée parce qu’elles m’ont raconté les conditions de leur détention avec les attaques des chiens, des choses absolument cauchemardesques qu’on ne lisait même pas dans la presse. Ça a modifié évidemment mon regard.
00:38:28
J’ai essayé de demander un changement de date parce que le 10 décembre était symbolique, il n’y avait pas d’argumentaire. C’est comme ça. C’est décidé, c’est calé.
00:38:40
Je n’avais pas à me mêler du domaine réservé du président. Alors à l’heure du laitier, ce lundi matin, la jeune secrétaire d’État frappe un grand coup.
00:38:54
À un journal, elle lance : « La France n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant peut venir s’essuyer les pieds de ses forfaits. » Avant de rééditer à la radio, « Je me retrouve avec une journée des droits de l’Homme sur les bras et Khadafi à Orly. Pour moi c’est un problème. » Au retour de la radio, vers 9 h, 9 h 30, le président m’appelle en me disant de venir le voir à l’Élysée. Il était silencieux, me tournant le dos face à la fenêtre et le silence dure très longtemps.
00:39:31
Puis arrivent les deux conseillers, messieurs Levitte et Guéant, qui me sermonnent lourdement. Rendez-vous compte, son avion est dans le ciel français. Il ne veut pas atterrir.
00:39:42
Je lui dis écoutez, qu’il rentre chez lui. Il me dit, ce n’est pas le moment de plaisanter.
00:39:48
J’ai arrêté de plaisanter et je lui dis effectivement, c’est très sérieux et Nicolas Sarkozy les arrête et puis leur demande de préparer la suite avec moi, à savoir qu’est-ce que je dis maintenant ? Ils m’ont envoyée sur Europe 1. J’ai essayé de tourner autour du pot.
00:40:07
La rebelle est contrainte d’approuver du bout des lèvres cette visite qui commence décidément sous de mauvais auspices.
00:40:21
En fin d’une matinée pluvieuse, le dictateur finit par débarquer à Orly à la tête de ses amazones et d’une suite de 200 personnes. L’ancien parrain du terrorisme, s’offre pour la première fois une visite prestigieuse dans une grande capitale occidentale.
00:40:48
Qui plus est, celle d’un pays qu’il a longtemps combattu. Se trouver là est pour lui, un succès éclatant. Il ne s’en cache pas.
00:41:11
Le programme qu’on lui a concocté n’en est-il pas la preuve ? D’abord, cette réception ici-même. Puis à l’Assemblée nationale.
00:41:26
Enfin, ce dîner de gala en son honneur.
00:41:31
Nous avons beaucoup apprécié qu’on nous serve du couscous à l’Élysée. C’était un message tout à fait positif.
00:41:42
Il était très heureux de tout ce que le gouvernement français lui offrait. Il a été accueilli avec grande déférence.
00:41:53
Autant alors faire durer le plaisir.
00:41:58
En France, l’usage diplomatique veut que les visites officielles durent trois jours.
00:42:03
Le dictateur demande à prolonger son séjour de trois de plus, une semaine en tout.
00:42:13
Il ne s’est pas invité, mais il a demandé à rester à Paris et on lui a accordé, puisqu’on souhaitait que cette visite lui soit agréable. À chaque jour, il inventait un nouveau sujet de préoccupation. Quand les Libyens vous disent écoutez, « Je souhaite aller à Versailles parce que j’ai toujours rêvé. » Difficile de lui dire non, vous n’allez pas aller à Versailles. Non, non, c’est trop pour vous.
00:42:42
Le touriste de marque fait privatiser le célèbre château royal. C’est là que le roi recevait les ambassadeurs. Avant de filer au Louvre, puis de réclamer d’autres divertissements encore à des organisateurs quelque peu dépassés.
00:43:02
Il avait décidé de visiter Paris en bateau mouche. Vous imaginez ce que ça représente en termes de sécurité, puisqu’il faut sécuriser les berges, mais aussi des ponts. Pourquoi ne pas lui dire non, tout simplement ? Difficile de refuser à une personnalité qu’on reçoit le droit de découvrir Paris en bateau mouche. Je suis parti à la chasse à Rambouillet.
00:43:29
Je n’étais pas chasseur puisqu’il n’y avait qu’un seul fusil, c’était celui de Kadhafi.
00:43:34
Les services de sécurité étaient en place depuis 9 h du matin pour bloquer au moment du passage du convoi, le convoi est arrivé vers 12 h 30, 13 h.
00:43:48
Les rues bloquées exaspèrent les Parisiens.
00:43:53
La pompe déployée pour un dictateur choque les Français. Ils assistent à des scènes comme celle-là, de pacifiques opposants en exil, séquestrés dans un car des heures durant, afin d’éviter que le dirigeant libyen ne les aperçoive sur son passage. Les plus sidérés sont les proches des 170 victimes de l’attentat commis sur ordre du dictateur contre un avion français en 1989. Ce jeune homme y a perdu son père. On n’oublie pas.
00:44:33
Imaginez dans dix ans, le président américain qui reçoit Ben Laden à la Maison-Blanche et qui lui fait signer des contrats.
00:44:46
Quatre ans auparavant, le dictateur a consenti à indemniser les familles des victimes du DC10 d’UTA, mais il refuse toujours d’extrader les auteurs de l’attentat. Parmi lesquels son propre bras droit.
00:45:05
Avant sa venue à Paris, les familles avaient demandé à être reçues par le président.
00:45:11
Un de ses collaborateurs les avait éconduit.
00:45:16
Il me dit ce n’est pas grave, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. On ne va pas s’embêter s’il y a un peu de poussière dans les coins. J’étais assez choqué par cette vision des choses.
00:45:24
Ce à quoi il a dit on ne pourra pas vous recevoir.
00:45:27
Il n’en est pas question, ça ferait un incident diplomatique. On est resté là-dessus.
00:45:34
Au cours de la visite, le président est contraint de faire volte-face devant les caméras pour donner un gage à l’opinion ou par crainte d’un scandale.
00:45:46
Je crois qu’il était un peu angoissé à l’idée de nous voir. D’où le fait qu’il était dans un monologue.
00:45:54
Il disait que bien qu’il y avait beaucoup de fatwa contre lui et qu’il était victime lui-même en disant qu’il était visé par le terrorisme, il a voulu créer l’empathie avec nous.
00:46:06
À mon avis, ce n’était pas le bon canal.
00:46:08
Il voulait montrer que lui-même était une victime.
00:46:14
Résumons, le président invite le dictateur pour sauver des victimes bulgares, refuse de recevoir d’autres victimes françaises du terrorisme libyen, les reçoit finalement et se pose lui-même en victime. Le coup diplomatique vire à la farce et à la crise médiatico-politique. Une visite qui dérange, des voix qui s’élèvent. C’est la question du jour.
00:46:44
Le président libyen est-il oui ou non le bienvenu ? C’est une erreur incompréhensible. Nicolas Sarkozy dit qu’il a changé. C’est faux.
00:46:53
L’affaire des infirmières bulgares, quand on prend cinq otages, qu’on les torture, qu’on les martyrise pendant des années et qu’on les rend contre rançon, ça s’appelle comment ? Face à la multiplication des critiques, le susceptible dictateur riposte en organisant à l’Unesco un meeting à sa gloire. Ils font la surenchère sur les droits de l’Homme. Comment osent-ils ? Avant de parler des droits de l’homme dans vos pays il faudrait encore que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits. Nous n’avions prévenu personne de cette initiative et je peux vous dire que les Français qui organisaient la visite ont été très vexés par le discours de Frère Mouammar.
00:47:48
Cette visite tourne à la farce tragi-comique.
00:47:52
Que des relations diplomatiques normales soit établies avec la Libye, cela se conçoit, mais que la France fasse le cadeau d’une réhabilitation à grand frais, c’est une maladresse qui nous coûtera.
00:48:04
Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, jusqu’où irez-vous dans la négation de vous-même ? La parole est à Monsieur le ministre des Affaires…
00:48:13
Jusqu’à présent le chef de la diplomatie, caution humanitaire du président, c’était prudemment tenu à l’écart de la visite controversée.
00:48:22
Vous avez cité un certain nombre des prises de position de Monsieur Kadhafi.
00:48:28
Sachez que je les réprouve.
00:48:30
Lorsqu’il a parlé des droits de l’Homme ici, c’est-à-dire des droits de l’Homme dans notre pays et en Europe, c’était assez pitoyable.
00:48:40
Je dis c’est pitoyable, oui, c’est ce que je pense.
00:48:43
Je n’avais pas changé lorsque Nicolas Sarkozy m’a proposé d’être ministre des affaires étrangères, il savait très bien à qui il demandait.
00:48:51
Je sentais bien que tout ça l’avait agacé, bien sûr. De l’autre côté de la rue, pour le dictateur, c’en est trop. Il attendait que cette visite consacre sa respectabilité.
00:49:06
Au lieu de cela, on injurie, on le juge pitoyable. Il soupçonne le président lui-même de le trahir, car enfin, un ministre peut-il agir sans l’accord de son chef ? Devant ses conseillers, il entre dans une colère terrible. Kadhafi a été trompé par Sarkozy.
00:49:30
Kadhafi, lui, était clair comme de l’eau de roche et Sarkozy s’est comporté avec fourberie.
00:49:39
C’était une attitude contraire à toute diplomatie.
00:49:44
Pour nous, musulmans et diplomates, c’était un comportement inadmissible. S’il le détestait, pourquoi l’invitait-il en France ? L’accueillait-il chaleureusement ? Pourquoi était-il venu le visiter en Libye ? Tout ça, c’était de l’hypocrisie.
00:50:06
La situation s’envenime encore lorsque le président tente désespérément de désamorcer la polémique qui agite la France. C’est bien beau les leçons de droits de l’Homme et les postures entre le Café de Flore et le Zénith. Ces postures, elles ont laissé pendant huit ans ces malheureuses infirmières.
00:50:29
J’ai dit au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l’Homme. Dans tous ses aspects.
00:50:38
Tout ce qu’il restait à faire.
00:50:43
Maintenant, ce président lui fait publiquement la leçon. La coupe est pleine.
00:50:52
La vengeance est un plat qui se mange froid.
00:50:55
Aussi, le dictateur ne laisse rien paraître de son courroux lorsqu’il va retrouver son hôte.
00:51:01
Le dernier entretien qui s’est fait Sarkozy a tenu à le recevoir.
00:51:04
C’est le président Sarkozy qui lui a dit, je suis désolé si la presse vous a mal accueilli, et cetera. Kadhafi, très grand seigneur, lui a répondu écoutez, vous n’y êtes absolument pour rien, la presse est libre dans votre pays. Il dit c’est votre problème, la presse française, n’est pas mon problème.
00:51:23
Moi je verrai avec la mienne à mon retour, mais je n’ai aucun souci. Il a même dit en plaisantant je n’ai aucun souci avec ma presse.
00:51:32
Justement, la presse française, à laquelle il a promis une interview, va être l’instrument de sa vengeance.
00:51:44
Ça tourne pour tout le monde, ça marche ? OK, alors on y va. Trois deux, un.
00:51:51
Alors, cette visite en France provoque ici un vif débat et le boycott de certains élus.
00:51:57
Comment réagissez-vous à cette controverse ? Je ne suis pas au courant, je n’ai pas lu la presse et je n’ai pas la télévision.
00:52:07
Le président Nicolas Sarkozy a indiqué hier qu’il vous avait demandé de progresser sur le chemin des droits de l’Homme.
00:52:16
Non, moi et le Président Sarkozy nous n’avons pas évoqué ces sujets. Nous sommes amis, nous coopérons. – Ça n’a pas été évoqué ? Absolument pas, pas un instant. – Vous pouvez le remercier encore. Le missile est envoyé.
00:52:43
La presse fait des gorges chaudes de ce cinglant démenti du dictateur. Merci beaucoup.
00:53:01
Mortifié, publiquement humilié, le président tente de faire bonne figure en sortant son joker. Je vais signer une dizaine de milliards de contrats avec la partie libyenne, c’est pour l’emploi et la croissance des Français. Que les choses soient claires, je suis là aussi pour me battre aux côtés des entreprises et des usines françaises pour que nous ayons les contrats et les commandes que les autres étaient tellement contents d’avoir à notre place.
00:53:36
Sans rien renoncer de mes convictions en matière de droits de l’Homme. Alors, le président convie la presse à une édifiante cérémonie. – Un texte portant sur l’achat de quinze appareils, dont sept A320, quatre A330 et quatre A350. Rafales, hélicoptères, avions de ligne. La liste est impressionnante.
00:54:12
Pourtant, les deux hommes ne s’accordent pas un regard. Le dictateur ravale sa colère.
00:54:26
À ce président indigne de confiance, il va faire payer une addition à sa manière. Infirmières contre visite à Paris, il s’estime quitte. Kadhafi mentait.
00:54:45
Tous les contrats ensuite, qui ont été signés ou proposés à Paris, il y en a aucun qui a été suivi d’effet. Voilà, c’était un fiasco.
00:54:56
Tout était compliqué, on prend des engagements, on les défait, on les renégocie, on fait traîner. On aurait vendu beaucoup de rafales si toutes les promesses, tous les engagements signés avaient été tenus. Les affaires ne peuvent pas se faire sans qu’il y ait une politique extérieure cohérente et rassurante. C’est ça, quand je vous dis des amateurs.
00:55:28
Ironie de l’histoire, la France aura après la visite, moins de parts de marché en Libye qu’à l’arrivée au pouvoir du président. Même la centrale nucléaire ne se vend pas. L’industriel Areva s’y oppose, jugeant insensée cette volonté présidentielle. L’année suivante, en juillet 2008, le président accueille à Paris le sommet fondateur de son union pour la Méditerranée, devant une quarantaine de chefs d’État.
00:56:14
Mesdames et messieurs, avec le président Moubarak, nous déclarons ouvert le sommet fondateur de l’union pour la Méditerranée…
00:56:28
Le seul qui, fidèle à son imprévisibilité, a décidé de déclarer forfait c’est finalement Kadhafi.
00:56:37
Il a déclaré forfait, mais il a boudé en disant ce n’est pas comme ça qu’il fallait le faire.
00:56:42
Ce qui a mené Kadhafi à la rupture avec Sarkozy, c’est la quête de leadership de Sarkozy.
00:56:48
Pour Kadhafi, les pays africains sont au nombre de 54, ils sont plus nombreux que les pays européens.
00:57:00
Préférant rester maître sur son continent, le dictateur multiplie les déclarations hostiles à l’union pour la Méditerranée.
00:57:09
Fragilisée dès ses débuts par l’absence de la Libye, cette union ne verra jamais le jour.
00:57:23
L’aventure libyenne est pour le président un échec cuisant.
00:57:29
Elle a mis en lumière ses défauts, son exercice solitaire du pouvoir, un certain amateurisme.
00:57:40
Cela explique sans doute qu’elle coïncide dans les sondages avec le début d’une impopularité durable. Dans les trois années suivantes, le président ne veut plus entendre parler du dictateur. Jusqu’à un certain jour de février 2011. Qu’est-ce qui s’est passé au Moyen-Orient ? Une chose extraordinaire.
00:58:20
C’est que les peuples arabes ont décidé sans violence, de prendre leur destin en main.
00:58:26
Ces peuples aspirent à la démocratie et au progrès social. Alors que jusqu’à présent, on avait plutôt des régimes autoritaires dont nous avions des rapports avec eux, parce qu’ils étaient laïcs et parce qu’il n’y avait pas d’autre solution d’alternative crédible. Aujourd’hui, il y a cette alternative. Il se trouve en Turquie lorsqu’il réagit à une stupéfiante nouvelle.
00:58:54
Début 2011, des révolutions ont balayé deux membres éminents de son UPM, l’Égyptien Moubarak et le Tunisien Ben Ali.
00:59:04
Voici que les Libyens, à leur tour, se soulèvent contre leur dictateur. Lui n’hésite pas à faire mitrailler la foule de ses opposants. Notre position est claire.
00:59:30
Monsieur Kadhafi doit partir.
00:59:40
Comme tous les dirigeants occidentaux, le président s’empresse de condamner le désormais indéfendable guide libyen. Ces mots ont bien peu de poids.
00:59:53
Alors que les printemps arabes ont la sympathie de l’opinion, le souvenir de sa lune de miel avec le dictateur sanglant est devenu gênant.
01:00:03
Ce bilan diplomatique ternit tombe au plus mal car dans un an, il remettra en jeu son mandat.
01:00:15
Si, au contraire, il tirait avantage de la situation pour se représidentialiser ? C’est ce que lui suggère de faire un de ses conseillers.
01:00:28
La situation internationale nous permet de tenter une opération politique dictée par les événements.
01:00:34
Le message de dimanche soir est extrêmement important. C’est de là que peut s’amorcer la reconquête. Mes chers compatriotes, c’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent.
01:00:59
Nous avons donc le devoir d’agir face à la crise libyenne, dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région.
01:01:09
Le président de la République, lui, a été mobilisé tout de suite, a très bien compris que cette affaire allait tourner à la tragédie avec des dimensions effroyables.
01:01:27
Le souvenir que je garde, c’est qu’il m’avait demandé à l’époque comment s’était déroulée l’affaire de Srebrenica, puisque j’étais auprès du président Chirac à l’époque.
01:01:42
Calculs et convictions, sans doute se mêlent. Début mars, le président fait planifier une action militaire, seul ou presque, parmi les dirigeants occidentaux. Nul ne sait comment intervenir dans une situation de plus en plus chaotique. Par qui remplacer le dictateur ? Voilà que le 5 mars, le président reçoit l’appel providentiel d’un donneur de leçons du Café de Flore qu’il vitupérait en 2007.
01:02:26
Bernard-Henri Levy, le philosophe médiatique, se trouve à Benghazi, fief de l’insurrection, auprès des chefs des rebelles.
01:02:40
J’ai appelé tout bêtement le standard de l’Élysée que par miracle, j’avais sur un agenda électronique avec moi. Président de la République, Nicolas Sarkozy au bout du fil, je lui ai dit que je suis avec les nouveaux dirigeants du Conseil national de transition qui vient de se créer. Accepteriez-vous ? Accepterais-tu, on est vite repassés au tutoiement, d’autrefois, de les recevoir ? Il m’a répondu oui, naturellement. Question, mais quand ? Le plus vite possible qu’ils viennent.
01:03:29
Il a commencé par nous parler de la visite de Kadhafi à Paris. Il nous a dit que Kadhafi était le président d’un pays.
01:03:36
Il fallait le recevoir. Je l’ai reçu. Vous comprenez ? Je n’étais pas sûr de lui faire confiance à cause du passé. Je n’avais pas le choix.
01:03:45
Maintenant que le peuple libyen a fait un autre choix, je suis prêt à vous aider.
01:03:49
Sarkozy nous a dit qu’il reconnaissait le CNT comme unique représentant du peuple libyen. Ils ne le croyaient tellement pas.
01:03:59
Tout ça, naturellement je suppose, doit être secret.
01:04:02
Sarkozy feint de réfléchir regarde Levitte puis Guéant Secret, oui je ne sais pas non. Monsieur le président, est-ce qu’il y a quelque chose de nouveau sur la Libye ? Un coup de théâtre.
01:04:19
Le président saute sur l’occasion de reconnaître ses opposants comme le seul pouvoir légitime de Libye.
01:04:26
Sa décision revient tout bonnement à destituer le dictateur honnit. Cela vaut bien de prendre quelques risques.
01:04:35
En effet, nul ne connaît la capacité de ce CNT, Conseil National de Transition, à gouverner demain. Nul ne sait quels poids pèsent au juste les islamistes. Les Français se mettent en avant d’une façon spectaculaire qui heurte profondément et qui n’est pas comprise, ni par les Britanniques qui vont devenir nos alliés et qui sont sidérés. Je ne parle même pas des autres partenaires européens.
01:05:06
Merkel est furieuse. Les Américains sont encore plus sidérés.
01:05:12
D’ailleurs les Américains pendant très longtemps vont continuer de poser la question. Qui sont ces gens ? Disposant évidemment d’informations précises sur le passé de certains et très inquiets à Washington de la composante islamiste, du risque de dérapage, de ce qu’il adviendrait de tout cela. Bien sûr, c’était un risque et même éventuellement une menace sur l’avenir. Enfin, on avait le choix entre soutenir ce Conseil National de Transition et tous ceux qui l’entouraient et ceux qui l’entourait.
01:05:48
Forcément, dedans, car il y avait toutes les forces hostiles au régime, il y avait aussi des forces plus ou moins menaçantes. C’était ça ou Kadhafi.
01:06:10
Un mot sur la situation s’il vous plaît ? Il a été stupéfait que Sarkozy s’ingère dans ce conflit. Ils n’ont même pas cherché à dialoguer.
01:06:26
Aucun émissaire français n’est venu sur place en Libye.
01:06:32
Il semble qu’il y avait déjà un plan pour se débarrasser de Kadhafi. La France se prend pour qui ? Elle veut nous attaquer ? Tu penses qu’attaquer la Libye est facile ? Espèce de crétin ! Nous, on va t’attaquer.
01:06:58
Tu veux attaquer ? Essaye pour voir ! Fou de rage, le dictateur commet l’erreur d’envoyer ses chars contre la ville rebelle de Benghazi. – C’est bon, l’affaire est réglée ! Nous arrivons ! Pas de pitié ni de clémence pour eux ! Sans le savoir, il donne un coup de pouce décisif au président qui, en moins de dix jours, parvient à réunir une coalition internationale et à obtenir une résolution de l’ONU.
01:07:31
Le 19 mars, à l’instant même où ses alliés se réunissent à l’Élysée, le président leur apprend que deux Rafales viennent de tirer leur premier missile sur les troupes du dictateur.
01:07:48
C’est le début de huit mois de guerre.
01:07:52
J’ai un souvenir assez précis à titre personnel, puisque Nicolas Sarkozy me reçoit juste après la décision d’envoyer l’aviation au dessus de Benghazi. Hillarie Clinton parle d’une guerre obsessionnelle. La guerre de Sarkozy, elle emploie ce mot là. C’est vrai qu’il y a ce côté-là. Il est complètement habité par ça.
01:08:09
Il a fait installer la carte de la Libye dans son bureau, il la connaît par cœur.
01:08:15
Il a un point précis en permanence par son chef d’état-major. Lui intervenait, commentait les cartes.
01:08:22
En effet, le président Sarkozy trouvait toujours des petits points de progrès puisque les couleurs étaient différentes.
01:08:30
Il connaissait absolument par cœur chaque petit village tenu par les uns ou par les autres. Retranché dans sa capitale, le dictateur résiste mieux que prévu à la guerre du président.
01:09:04
De son arsenal, il dégaine même une arme nouvelle. Je suis vraiment en colère.
01:09:13
C’est moi qui ai aidé Sarkozy à prendre le pouvoir.
01:09:16
Je lui ai donné l’argent avant qu’il ne devienne président. Il est venu ici, il m’a rendu visite sous ma tente quand il était ministre de l’intérieur et m’a demandé de l’aide. Selon moi, il a un problème mental. Kadhafi disait la pure vérité.
01:09:34
Il a dit ce qu’il avait à dire et c’est tout. C’était plutôt un reproche.
01:09:38
Il ne pensait pas dévoiler un grand secret à ce moment-là.
01:09:41
On t’a aidé à arriver à l’Élysée et toi, tu fais une chose pareille. C’est un peu comme si Hitler, dans son bunker, avait accusé Churchill d’avoir utilisé l’argent des nazis pour financer ses campagnes électorales.
01:09:59
Je crois qu’il n’a jamais imaginé qu’on puisse donner le moindre crédit à ce genre de paroles. Couverte par le bruit des bombes, l’accusation n’est pas étayée par le dictateur, mais elle finira par resurgir.
01:10:13
Au large de Tripoli, le président, lui, vient encourager ses troupes. Débuté six mois plus tôt, le conflit s’enlise, la rébellion piétine. Le chef des armées fait intensifier les opérations et parachuter des tonnes d’armes aux opposants libyens. Autant autour de lui, il y a eu parfois du flottement chez des membres du gouvernement.
01:10:36
Tout le monde n’était pas convaincu à Paris de la nécessité d’agir en Libye. Lui était déterminé jusqu’au bout dans les échanges qu’il a avec des gens à ce moment-là.
01:10:46
C’est, je vais le mettre à genoux, il va mordre la poussière.
01:10:49
Je n’ai pas entendu des expressions de ce genre, mais ce n’est pas impossible. Ce n’est pas impossible parce que des deux côtés, évidemment, le ton monte.
01:11:00
Ça devient une espèce de défi presque personnel. Il faut qu’il y en ait un qui perde et qui perde tout.
01:11:13
Celui qui perd tout, c’est bien sûr le dictateur.
01:11:20
À la fin de l’été 2011, son palais tombe aux mains de ses ennemis. Deux mois plus tard, son convoi est attaqué par des avions français. Lui-même est capturé par des rebelles.
01:11:38
Est-ce que vous avez une réaction à la mort de Monsieur Kadhafi ? L’objectif, c’est que la Libye retrouve sa liberté et un espoir démocratique.
01:12:03
On ne doit jamais se réjouir de la mort d’un homme, quel que soit ce qu’il ait fait, jamais.
01:12:09
La menace que faisait peser Kadhafi sur l’avenir de la Libye. Septembre 2011.
01:12:34
Lorsqu’il foule le sol libyen pour la troisième fois de sa vie, il est un président débarrassé de son dictateur. Il faut que tous les dictateurs du monde comprennent que dans le monde du XXIᵉ siècle, il n’y aura pas un endroit où ils pourront s’assurer de leur impunité. L’impunité, c’est fini. Je vous remercie.
01:13:06
Dans l’euphorie de sa victoire, il a presque les mêmes mots que pendant sa campagne de 2007. Comme si, de cette manière, il voulait effacer les cinq années de sa relation avec le dictateur. Comme si, à quelques mois d’une autre campagne électorale, il venait conclure ici cette peu glorieuse histoire. Pourtant, alors qu’il repart, en Libye, la suite de l’histoire s’écrit déjà.
01:13:48
L’opposition qu’il a soutenue échoue à gouverner. Une guerre civile éclate.
01:13:54
Le pays implose.
01:13:56
Les islamistes s’implantent. La région est en proie au chaos.
01:14:05
En provoquant la chute du dictateur, il a évité un massacre, mais créé un monstre.
01:14:15
Le suivi, c’est-à-dire l’après-guerre, n’a pas été suffisant.
01:14:20
Je crois qu’il aurait été souhaitable d’être plus présent pour les aider à construire. Ce n’était pas leur choix, mais ça aurait dû être notre devoir. Si on devait avoir un regret à exprimer.
01:14:34
J’ajoute que cette période-là a coïncidé avec nos élections, l’arrivée d’un nouveau président de la République et donc, par la force des choses ou du calendrier démocratique français, nous nous sommes trouvés dans une période de transition. La faute donc à des élections françaises que sa guerre en Libye n’aura pas permis de remporter. L’histoire ne s’arrête pas là.
01:15:11
Après son départ de l’Élysée, continue de planer au-dessus de sa tête comme une malédiction. À moins que ce ne soit la morale de cette fable. À la suite du dictateur, des affairistes déçus et d’anciens caciques du régime l’accusent d’avoir reçu de l’argent libyen pour sa campagne de 2007. Soupçon infamant qui ternit ses ambitions futures. S’est-il compromis, ou bien président d’une démocratie paie-t-il tout simplement le fait de s’être aventuré avec un tel dictateur ? Le colonel Kadhafi aurait financé votre campagne en 2007. Est-ce que c’est vrai ? S’il l’avait financée, je n’aurais pas été très reconnaissant.
01:16:14
Il avait dit quelque chose autour de 50 millions ou quelque chose comme ça. Tous les rendez-vous avec Kadhafi sont enregistrés et c’est ça qui leur fait peur.
01:16:29
Nous affirmons, sur la base de plusieurs témoignages et de documents, qu’il y a eu un financement à hauteur de 50 millions. Vous croyez vraiment qu’avec ce que j’ai fait, Monsieur Kadhafi m’a fait un virement ? Pourquoi pas un chèque endossé ?
Source : Youtube

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