Trafic illégal d’uranium | Documentaire

Quelque part en Afrique au Sud de la République démocratique du Congo. Des centaines de camion, chargés de minerais, attendent de passer la frontière de la Zambie. En route vers les ports d’Afrique du Sud et de Tanzanie. Dans ces sacs, officiellement du cuivre, du cobalt. Une frontière presque comme les autres, sauf qu’ici, avant de franchir la douane, tous les camions se soumettent à des contrôles particuliers.

Les fonctionnaires ont des compteurs Geiger.

Ils se méfient de chaque chargement, ils ont peur d’être irradiés. – Il faut ouvrir un peu à distance. – Pourquoi ? Parce que je ne connais même pas les produits.

Si le taux est trop élevé, tu peux être contaminé. De quoi ? – D’uranium ? Parce qu’il y a aussi des poussières d’uranium, c’est ça qui fait le bruit. Quand je vois que le taux est normal, je peux m’approcher.

Alors, je commence. Maintenant, c’est 20. Je vais circuler partout avec qui le radiomètre. Là, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend. Un indice de 20 pour ce camion, tout va bien.

Les contrôleurs cherchent les cargaisons clandestines d’uranium. Ce commerce, s’il n’est pas encadré, est totalement illégal.

Aujourd’hui, le Congo est l’une des plaques tournantes du trafic mondial d’uranium. Sur la piste des trafics d’uranium, notre enquête commence au Katanga, dans le Sud du Congo. On surnomme la région, le scandale géologique.

Le sous-sol est bourré de minerais, cuivre, cobalt et bien sûr uranium. La principale mine s’appelle Shinkolobwe, à 130 kilomètres de la frontière.

Ici, on l’appelle Shinko. Le point de départ de tous les trafics. Une mine qui a marqué l’histoire et pour cause.

C’est là que les Américains sont venus chercher l’uranium pour fabriquer les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Le 6 août 45, le bombardier Enola Gay largue la première bombe sur le Japon. Bilan, 250 000 morts. Elle a été fabriquée avec de l’uranium de l’ex-Congo Belge. Impossible de venir ici sans un guide officiel.

À Likasi, nous rejoint un des conseillers du gouverneur de la province, Tshongo Kashinda. À la sortie de la ville, il faut suivre près de 30 kilomètres de routes empierrées puis emprunter une piste. Ces gisements sont fermés. En théorie, l’exploitation d’uranium est interdite.

Pourtant, au village de Sandra, premier barrage.

À partir d’ici l’accès est prohibé aux non-résidents. Un policier en civil s’approche de notre véhicule. Nous sommes accompagnés par un agent de l’ANR. L’homme en jaune, l’Agence nationale de renseignement. Grâce à lui, nous allons pouvoir pénétrer dans la zone, peut-être la plus secrète du pays.

Le soldat n’aime pas beaucoup la caméra, mais nous repartons.

La voie est libre. Quelques kilomètres de pistes, un peu plus loin, Mukumbi. C’est le dernier village avant la mine d’uranium de Shinkolobwe. La région est totalement contrôlée par l’Armée, seuls ses habitants sont autorisés à y résider.

Ça, c’est le village le plus proche de Shinko. Oui, sept kilomètres. Il n’y a pas d’autres ? – Non. Non, il y a encore tout près.

Kassansa et Kimpesse de l’autre côté. – À six kilomètres. La région est interdite, mais il y a du monde et beaucoup de représentants de l’ordre. Ils sont organisés ici. Il y a le représentant de l’État-major, de la Maire et de la police.

Ce sont eux qui gèrent le village. Ils gèrent également le passage des véhicules qui quittent Shinko ou qui vont à Shinko.

Il y a aussi beaucoup de pistes qui conduisent vers la mine abandonnée. Nous en empruntons une sur le conseil des villageois. Ça, c’est vraiment l’entrée du site ?

– Oui. Un tronc d’arbre barre la route. Des soldats nous entourent, très en colères. Notre présence, visiblement, les dérange. – Vous entrez comme ça ici ?

Non. Vous ne pouvez pas venir ici. – Non, on nous a donné des soldats. – Qui vous a donné ? – Le commandant.

– Qui vous a autorisés ? – Il n’y a pas un commandant là-bas. – Pas comme ça. – Là, s’enregistre. On est revenu en arrière.

– Il nous faut même effacer nos images. Apparemment, de l’autre côté, il y a des choses que nous ne devons pas voir. – Je réenregistre dessus. – On peut faire ça. Obligation de faire demi-tour et de suivre une autre piste.

Ils ne vont plus nous quitter. Tout le monde refuse d’être filmé. Même l’agent des services de renseignement avec nous fuit la caméra. À mesure que nous approchons de la mine, la végétation se fait de plus en plus rare. – Les herbes, les arbres, il n’y a rien qui pousse.

-C’est stérile à cause de l’uranium. À cause de l’uranium, tout est brûlé. Le site de Shinkolobwe a été abandonné par l’Union minière qui l’exploitait, en 1960, à l’indépendance du pays.

L’uranium est toujours là. Notre compteur Geiger n’arrête pas de sonner.

En pleine guerre froide, les Belges et les Américains, ne voulaient pas que l’uranium tombe entre de mauvaises mains. Ils ont inondé l’entrée principale, c’est devenu le lac de Shinkolobwe. – En bas, c’est barrière de minerai de top qualité. Après, ils ont mis les engins toujours là-dedans. Après ils ont bétonné puis mis de l’eau ici.

– Cela fait plus de 50 ans que cette eau. Elle doit être fortement radioactive. – Oui. – En haut de cette colline, l’ancien site a disparusous les coups de pioche. – Ici, c’était le puis central.

Ça, les bâtiments qui étaient autour. – Oui. – Pendant dix ans, des milliers de petits creuseurs clandestins ont extrait ici de l’uranium sans protection. Depuis 2006, le site est formellement fermé. Le commerce du minerai est interdit.

Le problème, c’est que de l’uranium ici, on en trouve partout dans un périmètre de 30 kilomètres.

La nuit, l’extraction n’aurait jamais cessé. Le conseiller du gouverneur est sur le point de l’avouer. Il peut y avoir peut-être de petits creuseurs qui viennent en solitaire. – Non, il n’y en a plus.

– Non, il n’y en a plus, voilà. – Un militaire en civil à couper court à l’interview. L’homme insiste pour nous rassurer. – Les militaires sont là, juste pour interdire la présence des petits creuseurs. C’est juste ça.

– Parce que c’est très vaste. Oui, mais ils sont partout les militaires. Il y a une barrière là-bas. Les civils n’entrent pas ici. Si une fois que vous avez accéder ici, car vous avez l’autorisation.

Sans autorisation, vous ne pouvez pas. Un discours bien rodé. Les militaires contrôlent bien le terrain, mais sous avons des doutes sur leur activité réelle. Quelques minutes plus tard, une scène va renforcer nos soupçons. En repassant au village de Sandra, un camion-benne chargé attend devant la barrière.

Il vient de la même direction que nous, de la mine. À bord, une demi-douzaine d’hommes. Ils portent des casques. L’un d’eux a gardé son masque anti-poussière. Manifestement, ce sont des creuseurs illégaux.

Comment un camion de mineur peut-il circuler dans une zone contrôlée par l’Armée ? La réponse est dans un rapport d’une ONG congolaise, l’Asadho, spécialisée dans les ressources naturelles. C’est l’Armée qui organise le trafic. Ce rapport date de juillet 2009. Il est accablant pour les militaires.

– Le minerai de Shinkolobwe continue à être extrait clandestinement, avec la complicité et la participation active de certains éléments des Forces armées congolaises. – Le rapport détaille très précisément le fonctionnement du trafic. Soit pendant la nuit, soit le jour très tôt, ces militaires armés font entrer des dizaines de creuseurs dans divers endroits des carrières de Shinkolobwe. – Il met nommément en cause des officiers qui organisent les opérations.

– Les creuseurs doivent laisser comme rémunération en nature, une partie de ces sacs à leurs facilitateurs.

Les autres paient en espèces ce droit de sortie. – Pour avoir publié ce rapport, le Président de l’association, Golden Misabiko, est immédiatement arrêté en juillet dernier pour atteinte à la sécurité de l’État. L’affaire fera grand bruit. Il sera finalement libéré sous caution pour raisons médicales. – Étant malade, il lui est interdit de se rendre dans les endroits tels que la gare ou l’aéroport ou encore moins une frontière.

– Pour poursuivre notre enquête, nous prenons rendez-vous à Lubumbashi, la capitale du Katanga, avec un fonctionnaire d’une organisation internationale.

Il a enquêté sur les trafics de Shinkolobwe. Malgré son devoir de réserve, il accepte de mettre en cause le rôle de certains responsables politiques. – Il y a des activités nocturnes qui sont loin des yeux de tout le monde. Ceux qui protègent, exploitent la mine ?

– Oui. Personne ne risquera d’y aller la nuit pour savoir ce qui s’y passe. C’est un réseau puissant. Étatique ? Ah !

Je ne veux pas dire ça, mais on ne peut pas faire ça sans une aide supérieure. Des aides supérieures dont les manipulations défraient régulièrement la chronique. Dernier épisode en date, fin 2007. Une étrange affaire de camions d’uranium volatilisés en provenance de Shinkolobwe. – Dix-sept tonnes de minerai, hautement radioactif, seraient déversées dans la rivière Moura, à une dizaine de kilomètres de Likasi.

La valeur de radiation des minéraux éjectés est de 50 fois la valeur acceptée par les autorités environnementales. En réalité, un faux accident destiné à attirer l’attention et à faire diversion. Le but, permettre à deux autres chargements illégaux d’uranium de disparaître pour être revendus à l’étranger. Oscar Rachidi connaît bien l’affaire. C’est un syndicaliste luttant contre les fraudes des matières premières.

Pour lui, ce détournement de camions témoigne de la difficulté à contrôler l’uranium interdit. – C’était un leurre ? – Voilà. Les vrais camions se sont volatilisés. – On a fait croire pour ça que le camion est tombé dans la rivière.

Où sont partis les autres ? Dieu seul sait. – Le sujet est tabou. Parler d’uranium dans la région peut vous coûter la vie. Oscar Rachidi en sait quelque chose.

Sur le bord de cette route, on a voulu l’assassiner. Un homme avec arme, en uniforme aussi, qui a commencé à tirer sur la voiture.

Alors ils ont commencé à tirer et voilà ce qui est arrivé, le chauffeur qui était grièvement blessé. Il est mort suite à ses blessures. C’était en 2006.

Personne n’a été jugé. Selon Oscar, les commanditaires sont parmi les hauts responsables politiques. Nous sommes arrivés à découvrir, à avoir quand même une piste. C’était l’ancien ministre des Mines avec certains miniers qui avaient acheté ici. Je souffre ici.

Ah oui, je souffre. Ça va les enfants ? – Ça va bien. De sa petite maison familiale, cela fait plusieurs années qu’Oscar dénonce les gros intérêts qui orchestrent les trafics miniers. – Dans toutes ces sociétés minières, ici, sont actionnaires, les conseillers des ministres, les ministres, les autorités politiques et militaires.

Tout le monde. – L’homme dérange. Il a déjà été victime de trois tentatives d’assassinat.

Quand je suis pourchassé, je travaille ici. – Vous n’allez plus au bureau ?

– Non. – C’est dangereux. – Je me cache ici. Surtout quand on sort un communiqué très dangereux là. J’ai fait même une semaine sans aller en ville.

– C’est quoi le dernier communiqué qui vous a valu des ennuis ? La famille présidentielle. On avait sorti un communiqué sur la famille présidentielle qui dérange. – Le syndicaliste n’a confiance en personne. C’est pour ma protection.

C’est parce que pendant la journée, il peut y avoir un risque d’une attaque. Je me défends avec. Vous êtes toujours sur le qui-vive ? – Tous les jours. Je ne sais pas quand ça va arriver.

– Parce que vous dénoncez la corruption. – Exact, la fraude surtout. – Cette fraude dans l’uranium comme dans la plus grande partie de l’économie du pays, les autorités ne la reconnaissent pas. Nous rencontrons Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga. Depuis qu’il a été élu en 2007, sa popularité ne s’est jamais démentie.

Il affirme publiquement lutter contre la corruption, d’où son succès auprès de la population. Tu vois, il nettoie même mon véhicule. L’uranium congolais vendu clandestinement. Selon le gouverneur, une allégation infondée. À l’entendre, les contrôles qu’il a mis en place empêcheraient le trafic.

Tous ces soupçons-là, je les trouve un peu ridicules parce que quand le camion quitte, il y a le contrôle.

Vous allez voir, on contrôle s’il y a la radioactivité. Du côté de la Zambie aussi. Avant d’entrer en Zambie, ils contrôlent. Ils ne peuvent pas accepter qu’un camion qui contient des produits uranifères, traverse la frontière.

– On ne peut pas imaginer qu’il y ait du minerai uranifère qui soit exporté. Non, non, non. Pour vérifier les dires du gouverneur, nous retournons au poste-frontière avec la Zambie, au Sud du Congo, à Kasumbalesa. Là, chaque mois, des centaines de camions quittent le Katanga, officiellement chargé de concentrés de minerai de cuivre et de cobalt. Normalement, chaque chargement doit avoir été analysé par un laboratoire.

Au point de contrôle, les fonctionnaires exigent les papiers. – Tout est-là et la destination. – Est-ce qu’il y a l’analyse du laboratoire là ? Ils étaient partis en labo à Lubumbashi, c’est ça là.

– Vous vous fiez aux documents ?

Oui et nous voyons si c’est en ordre. Vous êtes obligés de prendre pour argent comptant ce que ce qu’on vous propose ? Oui, c’est ça. On n’a pas un labo ici. – Le contrôleur n’est pas très convaincu.

Un peu plus loin, nous croisons des camionneurs Sud-Africains. Selon eux, il suffit de payer pour contourner les contrôles. Si tu as des dollars, tu peux y aller. – Vous payez les douaniers ? – Oui, nos agents les payent là-bas.

Nous ne les payons pas directement. Nos agents nous disent qu’ils veulent de l’argent. – Il y a de la corruption ? – Oui, il y a beaucoup de corruption ici. Impossible de traverser ce pays, vous devez soudoyer tout le monde.

Si tu ne peux pas payer, tu ne circules pas. Tu vois les camions là-bas, on était sept. Quatre ont pu partir et trois sont bloqués depuis trois semaines.

– Trois semaines ? – Oui, trois semaines.

– C’est combien pour passer ? – Tu paies 50 dollars. Si tu ne les as pas, tu discutes le prix et tu peux peut-être y aller. L’Office central de contrôle, ils te prennent les papiers. D’abord, ils te disent de te garer et ensuite, ils demandent de leur donner quelque chose pour partir.

Les analyses des laboratoires et les contrôles au compteur Geiger, empêchent-ils les trafics ? Pour le savoir, nous allons à quelques kilomètres de la frontière À l’université de Lubumbashi, pour rencontrer un grand spécialiste de la radioactivité, le professeur Arthur Kaniki. Selon lui, ces contrôles sont bidon. Ils passent ça sur le camion et il passe comment ? À quelle distance ?

Pendant combien de temps ? – Les contrôles appliqués aujourd’hui sont inefficaces ? Vraiment inefficaces, On ne détecte rien.

À ce moment-là, les produits radioactifs peuvent facilement sortir. – Ce n’est pas avec ce type d’appareil ?

– Non. – À l’entendre, les frontières sont une passoire pour l’uranium. Le dissimuler serait à la portée de n’importe quel trafiquant avisé. Si on me demande de faire de manière à ce que le produit radioactif sorte d’ici. Je sais le faire.

Emballer convenablement pour que ça sorte. C’est facile, c’est un jeu d’enfant. – Un jeu d’enfant qui est en théorie, très surveillé. Direction l’Autriche sur les bords du Danube. Le gendarme du nucléaire, c’est l’AIEA, l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique.

C’est une organisation basée à Vienne qui dépend de l’ONU.

Dans ces bâtiments, plus de 2 200 fonctionnaires sont en charge de contrôler les centrales et les réacteurs nucléaires, aussi le commerce du minerai dans le monde. Le travail de l’agence peut déboucher sur des embargos. L’objectif est d’empêcher une prolifération anarchique du nucléaire, notamment à des fins militaires. Le sujet est ultrasensible.

Les conséquences des enquêtes de l’AIEA sont très politiques. L’interview se passe sous la vigilance très pointilleuse du chargé de presse. Nous, on ne fait pas de réglementation pour les petites mines.

On met au point des recommandations pour des pays et chaque pays, est ensuite responsable de ce qui se passe dans ses propres mines. Pas de problème avec les grands principes, mais dès qu’on aborde un cas particulier, l’interview s’avère plus compliquée.

– N’est-ce pas difficile de contrôler un pays comme le Congo ? Je ne peux pas parler du Congo. Je ne suis pas le gouvernement congolais et je ne fais pas partie du service de l’Agence qui contrôle l’activité des mines. – Visiblement, nos questions gênent. Au bout de quelques minutes, c’en est trop pour l’attaché de presse.

Je pense qu’on devrait rester général. OK ? – OK. Peter est le bon interlocuteur pour parler du rôle de l’Agence, du commerce de l’uranium. Comment elle aide les pays concernés ?

Je pense que vous devriez rester sur ce sujet plutôt que d’enquêter sur le Congo.

Merci. Vous êtes sûr que je ne peux pas rencontrer un spécialiste du Congo ? J’en suis sûr. Vous avez déjà demandé.

Oui, je l’ai fait, désolé. Pourquoi ? C’est un sujet sensible ? – Oui. Le contrôle au Congo est un sujet dont on ne parle pas.

– Ce n’est pas le dossier iranien à faire. C’est autre chose. – Désolé. D’accord. Si je vous demande à rencontrer un spécialiste du Kazakhstan, de la Chine, c’est bon, non ?

Pas celui du Congo. Ce n’est probablement pas seulement le Congo, mais le Congo est une nation… C’est la nature de vos questions qui est le problème.

Je sais où vous voulez en venir, mais on ne peut pas vous aider. Désolé, je pense que vous pouvez comprendre ça. D’accord, merci. – L’Agence est très embarrassée pour parler officiellement du Congo. L’ONU a organisé à grand frais les premières élections dans ce pays et veut ménager le Président congolais.

Les officiels ne diront rien de plus. Nous décidons de rencontrer un autre expert de l’AIEA pour un entretien plus officieux. Allô ? Oui, bonjour, s’il vous plaît. – C’est moi, oui.

– Patrick Forestier, à l’appareil. – Oui. – Je vous dérange peut-être ? – Non. – Je suis à Vienne.

On ne peut pas se rencontrer ? – On se retrouve devant la porte de la cathédrale ? Comme vous voulez. – À 7 h ? OK, ça va.

– Ciao. – L’homme accepte de nous rencontrer. À l’extérieur de l’agence par peur des oreilles indiscrètes et sous couvert d’anonymat. – Patrick Forestier, comment ça va ? – En réalité, les trafics de la mine de Shinkolobwe sont bien connus à Vienne.

Ce spécialiste est même très au courant des subterfuges des trafiquants.

Il reconnaît que l’AIEA a du mal à trouver la parade. On se rend compte qu’il y a un vide juridique. Il faut essayer d’éviter qu’il y ait une contrebande de l’uranium sous couvert de minerai de cuivre, de cobalt, etc. En sachant que les gens, il n’en a rien à faire du cuivre, du cobalt.

Ils sont là pour l’uranium. Si l’homme en extrait à Shinko et il dit que c’est du cuivre. – C’est donc un peu compliqué. – C’est là où le problème. Ce n’est pas en un jour qu’on trouve des informations.

C’est un travail de temps, d’analyses, de recoupements. Quels sont les gens qui travaillent sur place. Quels sont les intermédiaires ? Le minerai est passé par là, qu’est-ce qui s’est passé à un tel point ? Il y a eu des arrangements financiers, qui a payé ?

Sur quel comptable ? Tout ça, l’Agence le fait, mais c’est un travail de fourmi. – Vous n’avez pas un pouvoir coercitif ? – Non. – Je vous dis que vous ne rentrez pas chez moi, vous partez.

– Oui, c’est vrai. – Si l’AIEA se méfie du Congo, c’est qu’elle a de bonnes raisons. Le pays a déjà été épinglé. Il n’en est pas à sa première incartade avérée avec les règles de l’Agence. En août 2006, l’hebdomadaire britannique Sunday Times révèle un trafic d’uranium depuis le Congo vers l’Iran.

Une cargaison de minerai, chargée à Dar es Salam, devait être acheminée vers le port iranien de Bandar Abbas. L’homme qui a découvert ce trafic habite aujourd’hui en Angleterre, près de Birmingham. Une heure de route à travers la campagne anglaise pour arriver dans la ville de Pershore. Là où nous avons rendez-vous avec Brian Johnson-Thomas, l’expert de l’ONU qui a mené l’enquête en Afrique sur cette affaire. Son passeport de service des Nations Unies témoigne de sa mission d’expert assermenté.

– Expert en mission. – Il y a un visa du Congo ? – Ces accusations sont très claires. C’était de l’uranium et il venait du Katanga. Quand je suis arrivé à Dar es Salam, les containers avaient été enlevés.

Je pense par les Américains, mais c’était très sensible. J’ai parlé à des officiels là-bas et j’ai obtenu la confirmation que la cargaison était destinée à l’Iran. Si vous avez un certificat de douane qui dit que vous avez envoyé de l’uranium à Bandar Abbas, vous pouvez oublier. – L’Iran est un pays sous embargo. L’AIEA le soupçonne de préparer une bombe atomique.

Il lui est interdit d’importer de l’uranium. En revanche, si vous avez un document indiquant que vous avez exporté du coltan au Kazakhstan via Bandar Abbas. C’est bon. Ce sera un container de plus parmi des milliers. C’est comme cela que l’on procède au trafic.

Il y a tellement de containers chaque jour, qui circulent que la probabilité d’être contrôlé est ridicule. – C’est en enquêtant dans ce port, Dar es Salaam, en Tanzanie, le débouché maritime des minerais congolais, que Brian Johnson-Thomas est arrivé à mettre à jour les mécanismes du trafic.

Ce qui s’est passé dans le cas de la cargaison affrétée à Dar es Salam, c’est que plusieurs officiels du gouvernement congolais avaient la possibilité de fabriquer des faux documents, permettant de passer tous les contrôles. Comment pouvez-vous contrôler un container qui est lui-même sur un camion qui traverse l’Afrique et qui est ensuite chargé sur un bateau qui va vers le Golfe ? Vous n’aurez jamais le contrôler.

Pour vous à cette époque, qui achetait l’uranium congolais ? Le gouvernement iranien espérait acheter cet uranium, car il est de meilleure qualité que celui qu’il a chez lui.

Trafic illégal d'uranium | Documentaire

Il est plus facile à travailler si vous voulez fabriquer des bombes. – L’Iran comme le Congo ont tout démenti en bloc. Les mois d’enquête de Brian n’ont débouché sur aucune décision concrète de la part de l’ONU.

Une autre affaire a défrayé la chronique. Direction Kinshasa, la capitale du Congo. La ville est une des plus déshéritées d’Afrique. Des régions entières sont hors contrôles. Il y a des guerres depuis 15 ans.

On y trouve pourtant une installation extrêmement rare sur le continent.

Dans l’université, ce bâtiment peint en bleu et blanc, apparemment anodin, abrite un réacteur nucléaire expérimental. À l’entrée, les formalités sont rapides, sans commune mesure avec celles qui prévalent en Europe. Tout est vétuste. Seul fonctionne un petit appareil qui sert à quelques expériences médicales.

Ici, on travaille plus avec le Césium 137. On n’a pas encore d’irradiateur au cobalt 60. C’est ça qu’on aimerait avoir. – Nous avons fait déjà la demande pour remplacer celui-ci. C’est un appareil qui est assez ancien ?

– Soixante-douze. Il est posé là depuis 72 et ça n’a plus bougé. Non, on irradie. On fait beaucoup plus d’irradiation ici. Je voulais ajouter qu’il est sous haute protection.

Tous les lieux sensibles, comme ici, sont entourés d’équipements de détection. Détection de rayonnement. – Ils sont contre les intrusions. Des détecteurs d’intrusion. Quand on a fermé, il n’y a personne qui peut venir.

Je vois que vous avez renforcé. – On a renforcé tout ça. – Pour empêcher les vols, de vieux barreaux aux fenêtres.

Derrière cette simple porte, le cœur du centre, le réacteur nucléaire. Il a été offert par les États-Unis et la Belgique juste avant l’indépendance, en 1960.

Depuis 2004, il est en panne. Au fond de la cuve, les barres d’uranium sont toujours là. Avec elles, on peut bricoler une petite bombe et irradier des milliers de personnes. Ça se présente comme ça ? Oui, ça, c’est du matériel didactique.

Il y en a assez dans le cœur du réacteur. – Vous en avez combien là ? – Un certain nombre. Suffisamment pour faire fonctionner deux réacteurs. Vous les comptez quand même ?

– Bien sûr. Il y a un inventaire qui se fait régulièrement. Chaque année, nous avons une inspection des experts de l’AIEA.

Ils viennent ici dans le cadre de la comptabilité des matières nucléaires. Chaque année, ils viennent pour vérifier la quantité.

– Le chiffre ? – C’est exact. – La question du comptage est plus sensible qu’il n’y paraît. En 1998, une barre d’uranium volée dans cette centrale a été retrouvée en Italie. La mafia sicilienne impliquée dans un trafic d’armes nucléaires.

La police italienne a réussi à saisir des barres d’uranium pouvant servir à armer des ogives nucléaires. Quatorze personnes interpellées à Rome, à Catane et dans le Nord du pays. Une seconde barque volée n’a jamais été retrouvée. Elle représente encore un danger pour des centaines d’années, mais pas de quoi effrayer les blouses blanches.

Il y a quelques années, il y avait eu deux bars qui avaient volé.

– Ça fait longtemps. En 1974. – Chez nos amis italiens. C’est une histoire récurrente. Chaque année, on vient nous rabattre les oreilles à cause de ça.

Au niveau de l’inventaire de combustible, on a déjà mis ça de côté. On a plus de preuves avec l’AIEA, car nous avons déjà enlevé ça de notre inventaire de combustible. Ça a été reconnu que ça avait disparu. Qu’on aurait retrouvé une barre chez nos amis italiens comme vous l’avez si bien dit. – Le fameux pupitre, c’est celui-là.

C’est ici où il y a ? – Où il y a des problèmes. Tout est à l’arrêt ici. – Tu peux allumer. Pas la haute tension !

Effectivement, lorsqu’on branche le pupitre, tous les témoins s’allument en rouge. Le réacteur est piloté depuis ici. Quand c’est rouge, c’est mauvais. Les verts, c’est bon. Les jaunes, dangereux.

– Là encore, pas de quoi affoler les savants. – Il faut remplacer tout le pupitre de télécommande. L’électronique a un peu vieilli, on ne trouve pas les pièces de rechange.

On a estimé qu’avec un million de dollars, on peut trouver un nouveau pupitre. – Vous refaites à neuf le poste de commande et vous pouvez utiliser votre réacteur pendant longtemps ?

Exactement, pendant au moins une dizaine d’années. Nous, les Congolais, nous voulons le redémarrage. Pendant que ça va fonctionner, s’il y a d’autres possibilités, on peut construire un autre réacteur. – Ça serait la deuxième phase. – Oui.

Il y a des opinions. L’opinion américaine qu’il faut démanteler, nous, on ne veut pas. – Pas sûr que quelqu’un soit prêt à les aider. Le nouveau pupitre n’est probablement pas pour demain. À l’extérieur, c’est encore plus inquiétant.

Les autres bâtiments sont à moitié en ruine. Les fondations sont menacées par le ruissellement des pluies. Les érosions peuvent progresser ici. – Les eaux périphériques. Nous sommes sur une pente.

D’accord, comme il pleut beaucoup ici.

Il y a de l’eau de ravinement. C’est ça ? – Oui. À partir de ce moment, ce collecteur ramasse toutes les eaux qui coulent jusque dans la vallée, empêchant ainsi à l’érosion de déranger.

– Il y avait la clôture aussi. Oui, la clôture suivra, vous voyez l’ancien. – Pourtant exigé par l’AIEA depuis des années, un mur d’enceinte n’est toujours pas construit. Le réacteur nucléaire de Kinshasa est aujourd’hui encore, ouvert aux quatre vents. Bonjour.

– Bonjour.

Je vous en prie. – Merci. – Pour reparler des barres d’uranium disparu, un professeur du centre de recherche, Fortunat Lumu, accepte de nous retrouver à notre hôtel. À l’époque où les deux bars ont disparu, l’enquête a donné quoi ?

L’enquête n’avait rien donné de positif. On s’est demandé comment ces barres avaient pu disparaître.

Nous n’avons aucune explication. – Aucune ? – Aucune.

Parce qu’il n’y a pas eu effraction, non. Quelqu’un est entré avec les clés pour accéder, pour prendre. – Avec les clés ? – Oui. – Cette opération a été bien préparée.

– On a fouillé. J’étais à l’époque directeur général adjoint. On a fouillé chez chaque agent, au domicile de chaque agent. On n’a rien trouvé. Seulement plusieurs années plus tard, la presse qui révèle.

.. -Ces barres entre de mauvaises mains. – Ah oui, elles peuvent faire très mal. Elles peuvent servir la cause des terroristes, des gens malveillants.

Absolument.

– On n’est pas encore au bout de nos surprises. Le lendemain, on a rendez-vous avec un haut fonctionnaire, témoin d’un autre trafic. Un trafic de ce que l’on appelle des casques d’uranium. En fait, des cylindres ou des cubes d’une quinzaine de kilos de matières radioactives.

Des objets répertoriés sur ce document du Centre de l’énergie atomique congolais.

Des objets interdits à la vente. Au début des années 2000, ils ont attiré la convoitise d’émissaires venus de Téhéran. Un pays frappé d’embargo. Que peuvent faire les Iraniens avec ce type de produits ?

– Je ne sais pas. Ils cherchaient de l’uranium par tous les moyens, ils pensaient trouver leur compte. C’est l’uranium qui les intéressait. Dans cette délégation iranienne, on voit qui ? – Il y avait un scientifique de haut niveau, l’ambassadeur d’Iran, un envoyé spécial.

– Ils parlaient anglais ? – Oui. – Pas français ? – Non, anglais. En costume-cravate ?

– Oui. Bien habillé. Un gentleman. Est-ce que les Iraniens ont conclu le marché ? – Ils n’ont pas pu conclure puisque celui qui les a invités est mort ce jour-là.

– Le meurtrier de Laurent-Désiré Kabila était l’un des membres de sa garde présidentielle. – Ce jour-là, ce 16 janvier 2001, c’est un hasard de l’histoire qui fait capoter cette vente secrète aux Iraniens. – C’est le jour où on a tué le Président Kabila. Ce jour-là, les Iraniens étaient là, à la cité de l’Union africaine, attendant d’être reçus par l’exécutif. – Vous voyez une cause à effet ?

J’ai eu peur, une peur bleue. Vous vous rendez compte, c’était terrible.

– Joseph Kabila, le fils qui succède au Président assassiné, ne poursuivra pas la négociation avec les Iraniens. Il fait stocker les casques d’uranium, une cinquantaine, dans un camp militaire, à l’abri des questions de l’AIEA. – Sur la route de l’aéroport, Kibomango.

– L’AIEA, veut inspecter là-bas. – Pour aller là, il faut l’autorisation du numéro un. Pas que le ministre de la Défense qui a dit non, c’est la garde présidentielle.

Pourquoi il y a autant d’hésitation ? C’est parce que des 50 qui devaient être là, il n’y en a plus que deux ou trois.

Le reste s’est volatilisé. Depuis Vienne, l’AIEA insiste pour visiter ce camp militaire où seraient stockés les casques d’uranium. Ceux qui n’ont pas été revendus. En témoigne ce document signé d’un chef de division de l’AIEA envoyé aux autorités congolaises. – Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir faire le nécessaire pour que les inspecteurs puissent avoir accès à cette base et disposer des matières en question.

– Sans résultat. On retrouve des indices de ce trafic jusqu’au-delà des frontières. Le plus hallucinant se passe au Congo Brazaville voisin. Selon ces documents, des casques d’uranium sont proposés à la vente par un ministre de Brazaville pour son compte.

– La commission a fait ce rapport.

Ici, c’est le papier de Brazaville, la commercialisation. Le ministre congolais, vous voyez. – Il se négociait ces casques à l’époque ? Il se négociait à 500 000 dollars. Le trafic est tellement important qu’un officier des services de renseignement de Brazaville demande de l’aide auprès de l’AIEA.

Il s’alarme que des avions privés ukrainiens et yéménites atterrissent sur un petit aéroport pour charger du matériel nucléaire. Nous avons joint à Vienne un autre inspecteur de l’AIEA. Fin connaisseur du Congo. Les casques de Kinshasa, il reconnaît qu’il ne sait pas où ils sont. Ces casques ont pu être été revendus.

– Disons que oui, ils auraient pu être revendus ou…

C’était de l’uranium appauvri, de l’avoir sous contrôle. – Pour s’assurer qu’il n’y ait plus de problèmes.

Ces casques posent un danger pour vous ? – Ça ne représentait pas un danger immédiat. On a toujours peur dans quelles mains ça va tomber. On aime bien de l’avoir sous garantie, que ce soit dans les pays dotés d’un cycle de combustible. Cela pour limiter le problème de la prolifération.

À ce moment-là, on est sûr que ça ne traîne pas à gauche ou à droite. – Direction le Niger. Plus au Nord, en Afrique de l’Ouest. Ici, pas question de trafic, tout se passe d’États à États.

Tout est officiel.

Ce jour-là, grand raout en plein désert. En hélicoptère, le Président nigérien vient inaugurer le chantier d’une nouvelle mine, Imouraren. Le contrat a été confié à Areva, le numéro un mondial du nucléaire. En première ligne du comité d’accueil, la PDG française en personne, Anne Lauvergeon. Accompagnée du ministre français, Alain Joyandet.

Madame Lauvergeon, comment allez-vous ? – Très, très bien. Je ne suis pas venu en retard ? – Oh, non. Parce que l’on compte les heures.

– Monsieur le Président. – Excellence, ça va ? – Plus de 1 000 Touaregs sont à la parade. Ils célébrent l’ouverture de la plus grande mine d’uranium en Afrique, la seconde au monde.

Une manne inespérée pour les nomades de la région.

Un beau contrat pour la patronne française. Atomic Anne, comme on la surnomme. Classée parmi les dix femmes les plus puissantes du monde par le magazine américain Forbes. D’un côté, 40 ans de partenariat gagnant-gagnant dans la production d’uranium. De l’autre, 40 ans de collaboration s’ouvrent à nous, pour permettre d’ici peu la production de 5 000 tonnes d’uranium par an, 200 000 tonnes d’uranium sont sous nos pieds.

Demain, le Niger confirmera, et même renforcera sa place incontournable sur le marché de l’uranium, en doublant sa production actuelle. Je vous remercie. -Il fait 45 degrés au soleil, mais la Française tient à marquer le coup. La PDG donne un coup de pelle symbolique dans ce nouvel eldorado qui garantit l’approvisionnement de la France en uranium. Même quand il est officiel, le marché de l’uranium est très secret.

La PDG accepte de faire une exception pour nous en parler. Elle nous emmène dans son avion. En réalité, derrière les flonflons, deux ans de négociations âpres pour arracher ce nouveau contrat.

Elle a dû mettre la main au portefeuille en finançant la totalité de l’investissement. Nous apportons de la compétence, de la technologie, des investissements considérables, énormément d’argent.

Dans le montage que nous faisons pour Imouraren, par exemple. L’État du Niger aura 33, 34 pourcent. C’est nous qui finançons sa part. Ils vont rembourser leur part par l’uranium qu’on va produire. – La patronne fait la tournée des popotes, à une heure d’avion, Arlit.

La région qui abrite les deux mines historiques d’Areva depuis 40 ans. Une présence dont elle est très fière. – Ça vous dit ? – Merci. – Vous avez essayé ?

– Si. – Ça, c’est un bébé camion par rapport à Imouraren. Ça va être des monstres. Ça, c’est le niveau de base. – Vous avez essayé de conduire ça ?

Oui, j’ai déjà fait. Je n’ai pas le droit parce que je n’ai pas le permis. Ici, c’est ça l’uranium ? – L’uranium est tout ce qui est gris.

Tout ce qui est rouge, ce sont les stériles au-dessus.

Le gris, il y a de l’uranium. Alors peut-être pas beaucoup, donc il va falloir l’extraire. Il y a des zones, beaucoup et d’autres moins. Tout l’art, c’est de savoir mélanger pour qu’à l’arrivée de l’usine, il y ait la même teneur. Ça, c’est du vrai art.

– Oui, c’est de l’art.

C’est de l’art le métier de mineur, Les ouvriers travaillent jour et nuit. Les méthodes sont industrielles. On est loin des mines clandestines du Congo. Ici, on extrait chaque année des millions de tonnes de roches uranifères.

Nos scénarios sont la construction, dans les 20 prochaines années, d’autant de centrales construites dans les 50 ou 40 dernières années, 250 centrales. – Sans uranium ? – Sans uranium, ça ne sert à rien. C’est ici, vous voyez ? C’est dans des mines comme ça qu’on sort cette formidable richesse.

Le cours mondial de l’uranium est en ce moment à la hausse. Environ le double d’il y a 20 ans.

Alors il faut augmenter la production. – Pour l’augmenter à 3 000 tonnes, on va faire les 1 300 tonnes en plus avec le minerais qui n’ont pas été traités jusqu’ici. Les teneurs étaient beaucoup plus faibles et le coût de traitement n’était pas rentable.

La demande augmente, il faut y faire face et produire plus. C’est ce qu’on fait ici. Le lendemain matin, nous découvrons la mine souterraine d’Akota, l’autre mine d’Arlit. Pour descendre, il faut revêtir une combinaison, question de sécurité. Ça, c’est l’habit du mineur.

Il faut un casque. Durant des années, Areva a été accusée de ne pas respecter les règles d’environnement, de la pollution de l’air et de l’eau. Selon un rapport de la Criirad, une ONG française, la contamination de l’air ambiant se poursuivrait autour de la mine. La compagnie disaient avoir pris toutes les mesures pour les empêcher. Fait exceptionnel, elle accepte de nous ouvrir les portes de ses souterrains.

Nous entrons dans la mine d’uranium. – Pourquoi ça bouge ? On essaie au maximum de garder l’espace confiné. De retenir les poussières qui pourraient charrier des matières radioactives à l’intérieur de la mine.

On arrose la poussière qui peut voler est fixer au sol.

– Il ne va pas à l’extérieur. – Oui. Pour ne pas contaminer. – Il pourrait contaminer, donc là, on limite au maximum. On essaie d’arroser dans la descenderie et le long des pistes d’accès principal.

– À 250 mètres de fond, l’air est frais. Ici, les galeries courent sur 250 kilomètres. Un labyrinthe. Là, on est en plein milieu ? Oui.

– Autour de nous, que de l’uranium. – Il y en a plusieurs, 20. – Les ingénieurs sont fiers de leur savoir-faire. Une foreuse creuse des trous dans la roche.

On y placera des charges d’explosifs.

Le filon d’uranium est entre ces traits rouges, large d’un bon mètre. On est au cœur du gisement ? – Oui. Il y a une teneur moyenne là, pour l’instant d’à peu près 3,2 pour 1 000, donc 3,2 kilos d’uranium pour une tonne. Le gisement, on l’a développé aujourd’hui sur 500 mètres sur cette direction et 220 dans la direction Est, par là.

– Surprise, ici, pas de combinaison étanche. on n’est pas dans une centrale nucléaire. Il y a tout de même des risques pour ceux qui travaillent. On prend des précautions. Le taux de contamination de chacun est suivi de très près.

Tout personnel est au fond à son dosimètre. On a les normes qui sont à respecter, qui sont de 20 millisieverts par personne et par an. Sinon on s’est fixé la limite de 18 millisieverts. On arrive à les contrôler. La dose maximale aujourd’hui, est de de 15, 16 millisieverts.

– Combien d’années que vous êtes ici ? – 30 ans. – Alors, vous êtes à combien ? – Je sais que je n’ai pas les 18. Il faut bien aérer comme ça, le radon n’a pas le temps de s’accumuler.

Prendre son repos dans les endroits aménagés, dont on est sûr. Ils sont contrôlés pour tout ce qui est émission de gamma et radon. Si c’est un problème de baraquement par exemple, ou de gaine, ou de ventilation. Tout de suite, On fait des recherches, on corrige avant de continuer, on arrête le chantier. – Retour à l’air libre.

Direction l’usine de transformation. Le vice-président chargé du secteur minier de tout le groupe, Sébastien de Montessus, mène la visite. – Je vais le faire et je me laverai. -Vous n’avez qu’à rester ici. Devant nous, une montagne de minerai d’uranium.

Radioactif, mais pas trop apparemment. C’est du minerai d’uranium. – Vous le touchez avec un peu, il faut se laver les mains ? Non, il ne faut pas l’avaler, après il faut se nettoyer les mains.

– Parce que deux kilos pour la tonne.

– Oui, ce n’est pas ça qui va… Il ne faut pas le manger. On voit qu’il y a des grains d’uranium un peu ocres.

C’est l’uranium naturel qui va être passé dans l’ensemble de la machine, pour être extrait et puis concentré. On s’engage de plus en plus 20, 30 ans avec nos clients. On veut pouvoir leur démontrer que dans 20 ans, on a déjà les capacités pour pouvoir leur fournir dans 20 ans l’uranium pour leurs centrales. – Broyé, noyé dans des bains d’acide, le minerai ressemble à de la boue grisâtre. Après plusieurs jours de traitement, au bout de la chaîne, de l’uranium naturel concentré.

Il faut manipuler avec beaucoup de précautions, le Yellowcake. Après les passages en cuve, on a réussi à obtenir ce qu’on appelle le Yellowcake. Il a une concentration à 69, 70 pourcent d’uranium. Là, on a notre or jaune à nous.

Là, c’est un produit qui intéresse beaucoup de nations.

Oui, tous ceux qui veulent passer à l’énergie nucléaire. L’électricité nucléaire, tout part de là. Si vous l’avez pas, ce n’est pas la peine un réacteur. – Pour le nucléaire militaire ? – Ils sont obligés de commencer par cette étape aussi.

La grosse différence est que l’uranium militaire, il va être beaucoup plus enrichi que l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires.

– Le français se veut exemplaire dans le respect des lois internationales. Il sait que ce Yellowcake peut attirer la convoitise de beaucoup. Alors ces fûts ont tous leurs brevets de légalité, un numéro et une étiquette officielle. Ils les récupèrent, les notes et les marques, pour s’assurer que la production qui sort en uranium naturel, on est capable de tracer la destination finale de ces flux.

Déclarez-vous chaque refus, à Vienne, à l’AIEA ? Oui, ils sont tous déclarés. – Aucun risque que ces fûts ne finissent entre des mains inconnues. Cette rigueur risque d’être mise à rude épreuve, car Areva vient de se donner un nouveau terrain de chasse, la République démocratique du Congo. Lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Kinshasa en mars 2009, la société a signé un accord pour prospecter de l’uranium dans le pays.

Le lac de Shinkolobwe, la mine d’où partent les trafics pourrait voir arriver bientôt des prospecteurs d’Areva.

Plus il y aura de centrales nucléaires dans le monde, plus les grandes compagnies vont exploiter le minerai dans les régions à risque. On prévoit que les besoins en uranium vont doubler dans les 20 ans qui viennent..

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