LE MONOPOLE PEUHL DE LA VIRGINITÉ

LE MONOPOLE PEUHL DE LA VIRGINITÉ

LE MONOPOLE PEUHL DE LA VIRGINITÉ
LE MONOPOLE PEUHL DE LA VIRGINITÉ

La première chose que j’ai apprise en lisant ‘Cœur du Sahel’, c’est que le livre n’a en fait rien à voir avec le cœur, bien que ce soit une romance – une forme de roman dont le thème ce sont les histoires d’amour. Rien à voir avec les domestiques comme classe sociale, bien que ce soient les domestiques qui en sont les personnages principaux. Le thème du livre, le vrai thème du livre, c’est la virginité de la femme peuhle, et comment celle-ci organise la société peuhle, braquant les Peuhls contre tous les groupes tribaux du Nord – à l’exception des Haoussa, avec qui ils ont une situation morale similaire. Autrement dit, les Peuhls ne considèrent pas les Haoussa comme des kaado – des nathin, des rien du tout, proche des animaux. Ce sont les Kirdis, les Toupouri, les Guiziga et autres (ceux qui parlent ce que dans le roman Amal appelle ‘dialectes’) qui sont les nathin, et c’est d’eux qu’il s’agit dans ce roman. Et bien sûr j’ajouterai les Gadamayos – les gens du Sud, ce qui veut par extension dire, tous les Noirs. Le thème du livre c’est donc le tribalisme, et son développement, le racisme, peuhls. Car il y’a chez les Peuhls une hiérarchie sociale, tribale et raciale qui par cercles concentriques nait ainsi des cuisses de la fille peuhle, qui comme un arbre pousse à partir de sa virginité, de cette virginité que ses frères, oncles, cousins, que la gente masculine peuhle protège avec de nombreux pagnes, des concessions, des cadeaux, la violence, et bien sûr, le refus de l’éducation. La vie sexuelle de la fille peuhle n’est pas faite d’interdits, mais de protections. La cage qui se fabrique ainsi autour de sa virginité se donne pour base, pour fondation, la religion – c’est l’islam, on comprendrait, qui sanctifie la virginité de la femme peuhle. Du coup, les filles des autres tribus du Septentrion, qui ne sont pas musulmanes, les Kirdi, Toupouri, Guiziga, etc., sont entendues comme n’ayant pas ces restrictions, et ainsi, comme pouvant mettre leur virginité à la disposition du jeune homme peuhl. En premier les filles kirdi, bien sûr, les ‘montagnardes’.

Il y’a une scène très intéressante dans ‘Cœur du Sahel’, où une fille peuhle qui veut se marier, demande à sa domestique kirdi (qui est aussi vierge en ce moment, mais la Peuhle ne le sait pas), comment ça se ressent quand on fait l’amour pour la première fois. La Peuhle ne peut poser cette question, que parce que, enfermée dans ses stéréotypes, elle ne peut pas se représenter que la fille kirdi, ou toupouri, ou guiziga, soit vierge comme elle. Cancritude pure, car c’est absolument impossible pour elle de se l’imaginer. Pourquoi donc ? Parce que la fille kirdi est chrétienne, non-musulmane, et donc kaado, pire, kaado-meere, donc elle est une rien du tout, une nathin, viande a piner, et tout Peuhl se dit qu’elle a sans doute déjà été pinée, sinon qu’elle est une viande pinable à souhait, et que si ce n’est pas encore le cas, elle sera pinée, bref, elle n’échappera pas à son destin de pinerie. Voilà ce que le Peuhl, femme comme homme, se dit. Chez le Peuhl, la virginité quitte donc l’entre-jambes de la fille, et devient mentale. C’est ce qu’on appelle un fétiche. L’homme peuhl ne se l’imagine que chez la fille peuhle, la fille peuhle ne se l’imagine pas chez la fille kirdi. En fait, pour extrapoler, le Peuhl se dit que toutes les filles du monde naissent orphelines de virginité. Il se dit qu’elles naissent avec entre les jambes un grand trou béant qui est à la disposition de la pine peuhle. Un trou sans hymen. Cette imagination est liée au fait que, du point de vue peuhl, le principe de la virginité soit lié à la religion – à l’islam -, et pas à la biologie. Du coup, qui n’est pas musulmane n’a pas de virginité. Qui n’a pas de virginité est dispose à la pine peuhle, car elle n’est rien du tout. Il s’agit de femmes ici. Or, et c’est une évidence, toute religion, et la religion chrétienne en particulier, sanctifie la virginité aussi, car sinon elle n’interdirait pas la polygamie, pour justement limiter une femme à un seul homme, et ainsi mettre un frein à la débauche, à la fornication et à toutes autres dérives sexuelles qui fascinent le Peuhl, et qu’il se dit être le fait des non-Peuhls. Sinon d’ailleurs le mythe de la vierge Marie, bâtisseuse de l’église chrétienne, qui enfanta Jésus sans coucher avec un homme n’existerait pas. Mais dites-le au Peuhl, pour qui la fille peuhle a le monopole de la virginité, il ne vous croira pas.

Tout Gadamayo, et surtout tout Bangangte qui lit la fantasmagorie peuhle sur la virginité, sur la vie sexuelle de la fille peuhle et des filles non-peuhles est surpris, parce que dans le Sud, à l’Ouest du Cameroun, anglophone comme francophone, dans ces espaces où la hiérarchie sociale est plutôt définie par la possession de la terre, car ce sont des peuples d’agriculteurs, les Peuhls, qui sont plutôt des éleveurs, sont des chauffeurs de maisons. Ils sont donc absolument relégués en dessous de l’échelle sociale. En dessous, car ce sont des boys. Le Peuhl qui fut président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, était un batard, et j’ai grandi à Yaoundé avec des gens qui le rappelaient autour de moi – ‘Ahidjo est un nathin.’ Ce choc des Gadamayo trouve son reflet dans la jachère de ceux-ci, quand, fonctionnaires, commerçants, ils se retrouvent au Septentrion – les femmes peuhles qu’ils ne respectaient pas, leur échappent, arrachées par tribalisme qu’elles sont à l’échange social que le sexe créé et qui débouche sur l’amitié et pourquoi pas le mariage, prises que celles-ci sont dans l’étau de la fantasmagorie de la virginité, coincées qu’elles sont dans la construction de la vie sexuelle de la femme peuhle autour de la sanctification de la virginité. Dit brutalement : pour un Gadamayo affecté au Septentrion, trouver une fille peuhle à piner est une gageure, d’autant plus manifeste que celles-ci sont mariée très tôt, à treize ans, pour maintenir justement leur virginité sous contrôle social. A treize ans, toute autre forme de pénétration échappe donc encore à son imagination sexuelle – bouche, anus, etc. La vie sexuelle de la fille peuple, cloitrée dans la concession familiale, dans un espace rythmé par la polygamie, et mariée le plus vite possible dans un monde où le mari, celui qui a le pouvoir, l’Alhaji, ne se rencontre que dans la nuit, pour la pine maritale justement, est très intéressante, quand lue dans les détails de ce que cela refuse à la fille peuhle. Car cela ne lui refuse pas le sexe libéré que les hommes peuhls recherchent chez les filles kirdi, toupouri, guiziga, chez les nathin qui ne sont que trou, non, nous dit Amal, cela lui refuse un autre fétiche – le diplôme. Et c’est là que la bataille de l’écrivain commence, et pourquoi elle écrit, éduque, ouvre des bibliothèques, distribue des sacs aux filles afin qu’elles soient scolarisées. Il s’agit pour la fille peuhle, de remplacer dans la fantasmagorie peuhle, le principe de la virginité par le principe du diplôme.

Tout un enjeu.

Concierge de la république

Source: https://www.facebook.com

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