La canne blanche, Par : Jean Jacques Nsiah, Assureur-Économiste

La canne blanche, Par : Jean Jacques E. Nsiah, Assureur-Économiste

La canne blanche, Par : Jean Jacques E. Nsiah, Assureur-Économiste
La canne blanche, Par : Jean Jacques E. Nsiah, Assureur-Économiste

Les États pour la réalisation de leurs politiques publiques en matière d’infrastructures, de santé, d’éducation et autres, ont des besoins financiers énormes et permanents. L’idéal pour cela est d’engranger des excédents dans le commerce extérieur, synonymes de capacité à soutenir un endettement lourd tout en se développant, faute de quoi il faudra se contenter des recettes fiscales et douanières, des aides diverses, ou alors de recourir à un endettement délicat. C’est à cette enseigne qu’est logée l’Afrique francophone en général, et particulièrement le Cameroun depuis une trentaine d’années. Une période qui a vu sa balance commerciale afficher un déficit chronique, sous fond de crise économique. Depuis lors, bien aidé par l’incivisme fiscal des opérateurs économiques, la gabegie et la corruption active au sein du Gouvernement et de l’Administration, l’État peine à honorer ses engagements, et la recherche de nouvelles niches fiscales est devenu son crédo. C’est ainsi que dans le souci de venir en aide à l’État, des idées ont germé et des propositions se sont mises à foisonner de toute part, finissant même parfois en projet de loi. Mais si le principe est noble et louable, comme on le verra, les moyens ne sont pas toujours justifiés à la fin et, le contribuable deviendra par la force des choses, la vache à traire ! Il y a ainsi eu :

• Les APE (Associations des Parents d’Élèves)

Ces entités associatives créées au sein des établissements scolaires relevant de l’Éducation Nationale, sont nées de la volonté des parents d’élèves, d’essayer de palier au déficit constaté du personnel enseignant par le recrutement de « vacataires », et à celui des infrastructures, par la construction de bâtiments. À cause des luttes pour la gestion du pactole collecté à chaque rentrée scolaire, l’association est devenue APEE (Association des Parents d’Élèves et des Enseignants). Les frais d’APEE dont l’opacité de la gestion et des critères de détermination du montant se rapproche de l’alchimie sont du jour au lendemain devenus obligatoires et prioritaires, par rapport aux autres frais de scolarité exigibles. Un impôt à mettre dans le registre des contributions indirectes est ainsi né !

• Le permis de conduire bilingue

En remplacement de l’ancien permis de conduire, plus pour le produit de 5 000 FCFA de droit de timbre payable les tous les cinq ans que pour la promotion du bilinguisme. La mesure fort judicieusement n’a jamais été étendue aux autres diplômes.

• La carte grise renouvelable

Pour saluer l’ingéniosité des Camerounais qui ont démontré à suffisance qu’ils pouvaient maintenir un véhicule en circulation pendant plusieurs décennies, il avait été décidé en son temps, que les cartes grises des véhicules de tous genres devaient dorénavant être renouvelées tous les dix ans !

• Les plaques minéralogiques CEMAC

Au-delà des déclarations démagogiques sur les gages de sécurité, la grande entourloupe a été de confier la fabrication de ces plaques dites CEMAC, appelées à remplacer tous les existants, à un concessionnaire unique ! Une opération aux relents de rétrocommissions qu’aurait sentis sûrement même un enrhumé de Covid -19. Une opération qui renvoyait à la case chômage, une cohorte de jeunes qui avaient déjà acquis pour ce gagne-pain, la dextérité et les équipements pour vous remplacer vos deux plaques minéralogiques en moins de deux minutes !

• Le recouvrement de la taxe foncière

La taxe foncière conformément aux dispositions de l’article 19 de l’ordonnance No 74-01 du 06 juillet 1974 fixant le régime foncier, est déterminée par la loi des finances. Dans un pays où du fait de la pauvreté, brandir un titre de propriété relève de l’exploit, même pour les hauts commis de l’État en fin de carrière, cette taxe a toujours revêtu une importance moindre dans la cagnotte fiscale, ce d’autant plus qu’à moins d’y être contraint, personne ne pense à la payer ! Elle a été introduite par le Gouvernement dans la loi de finances de 2019, avec la particularité qu’elle serait recouvrée par la société d’électricité ENEO. Au vu de la grogne suscitée par ce projet, en cette veille de l’élection présidentielle de 2018, le Président de la République avait dû ordonner au gouvernement de retirer cette disposition de recouvrement de la taxe foncière du projet de loi de finances.

• L’imposition du secteur informel

Imposer à leur juste valeur les activités du secteur informel hante de tout temps l’esprit des responsables de l’Administration fiscale au point de leur donner des fantasmes. Mais comment faire pour taxer la vente à la sauvette, la vente de beignets-haricots, le bayam-sellam, les braises de viandes diverses, les transports de personnes par moto ou taxi clandestins ? La virginité du casier judiciaire n’étant pas exigée dans le secteur de mototaxi, on y retrouve aussi bien des repris de justice, des brigands que des diplômés de l’enseignement supérieur ! Le secteur qui dénombrerait aujourd’hui quelque deux millions d’acteurs est devenu une véritable solution sociale. Peut-être est-ce par là qu’il faudra décompter les 500 000 emplois promis par le Gouvernement ? Parce que 30 % de cet effectif en emplois-cadres et autant en agents de maitrise ne manquerait pas d’ébranler en profondeur le monde du chômage.

• Les biens et services ont connu tour à tour l’ICAI (Impôt sur le Chiffre d’Affaire Intérieur) puis la TCA (Taxe sur le Chiffre d’Affaires) et finalement la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), tandis que les divers droits de timbre de leur côté ne cessent d’augmenter d’année en année

Au-delà de cette pression fiscale tous azimuts exercés ainsi sur les agents économiques, l’État a quand même dû faire recours à l’endettement

• LA DETTE PUBLIQUE

Pour en faciliter la compréhension et le fonctionnement, nous allons comparer l’endettement des États à celui des membres des réunions de famille ou de village, qui est plus usuel Les États en matière de dettes se comportent en fait comme les membres des réunions de famille ou de village. En effet afin d’éviter à ses membres de fréquenter les usuriers, la réunion met à leur disposition sous forme de prêts ses avoirs constitués par l’épargne, l’assurance des adhérents, dans des conditions très assouplies et consensuelles. Le remboursement est garanti par l’épargne individuelle, la tontine ou les avoirs d’un éventuel avaliste. Au niveau des États le marché financier classique est constitué par les bailleurs de fonds institutionnels comme la Banque Mondiale, le FMI, la BAD… etc. qui prêtent avec des conditionnalités avantageuses et préétablies. Les usuriers ici étant les prêteurs bilatéraux, dont les conditionnalités sont arrêtées entre deux parties, et le plus souvent au désavantage de l’emprunteur. La dette publique est habituellement présentée en proportion du PIB qui, du fait du pouvoir des États de lever l’impôt sur l’activité économique, permet de faire des projections en minima, de recettes budgétaires. Il va de soi que le membre de la réunion qui emprunte pour payer l’école de ses enfants ou pour organiser une fête n’aura pas les mêmes facilités de remboursement que celui qui prend l’argent de la réunion pour achever sa maison et sortir de la location, ou pour investir dans une activité génératrice de revenus. Les États sont de même plus à l’aise dans des emprunts pour des réalisations économiques que ceux à caractère social. Lorsqu’un membre de la réunion à chaque échéance rembourse plus qu’il n’emprunte, tout va bien, il est solvable. Mais à l’opposé si un membre rembourse pour emprunter plus, il y a danger et si ses garanties s’épuisent, l’argent de la réunion se retrouve dehors. Pour les états, on parle de la soutenabilité de la dette. À la date de cassation, pour ne pas mettre la réunion en faillite, le bureau exécutif le plus souvent jongle en obligeant l’emprunteur indélicat à s’endetter pour le compte du nouvel exercice, à l’insu de l’assemblée générale, en espérant que sa situation s’améliore. Pour les États on parle de rééchelonnement de la dette. Si l’État ne trouve pas le moyen d’augmenter ses recettes budgétaires (relance de l’économie, redressement de la balance commerciale…), le pays va entrer dans ce qu’il convient d’appeler la spirale de la dette.

Pour un développement harmonieux, tous les pays ont besoin de la dette, parce qu’elle permet plusieurs réalisations à la fois et que son remboursement est étalé dans le temps. Les États procèdent par ce qui est appelé politique de déficit budgétaire-dépenses budgétaires supérieures aux recettes budgétaires prévisionnelles qui de tout temps ont toujours été un puissant levier de relance économique. Un emprunt massif permet d’engager de grands travaux, synonymes de création de masses d’emplois, dont les salaires vont permettre de relancer la consommation, qui induira de nouveaux investissements et incidemment de nouveaux emplois. L’État n’aura plus qu’à tirer les marrons du feu : il engrange des actifs en termes d’édifices, d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, aéroportuaires… etc., il résorbe le chômage, il crée de la croissance, la nouvelle masse d’impôts tels l’IS, l’IRPP et autres, vient en augmentation de ses recettes budgétaires qui permettront de bien supporter le service de la dette et avoir une crédibilité permettant de recommencer chaque fois qu’il le souhaite. C’est pourquoi on peut constater que les pays dits développés sont aussi les plus endettés du monde. À titre d’illustration (source FMI), les USA sont endettés à hauteur de 98 % du PIB, le Japon 238 % du PIB, même la France qui est en zone euro dont les critères de convergence plafonnent l’endettement à 60 % du PIB, caracole autour de 100 % de son PIB. L’essentiel dans l’endettement n’est donc pas son niveau, mais son utilisation et la capacité de le rembourser.

o Le cas du Cameroun

En zone CEMAC le plafond de la dette publique est fixé à 70 % du PIB des États. Avec un endettement (source Caisse Autonome d’Amortissement) situé autour 11 000 milliards FCFA soit 45 % de son PIB, le Cameroun de prime à bord semble encore disposer de marge d’endettement, mais pourtant sa dette parait déjà insoutenable, à la lecture de la loi de finances de 2021.

À titre de rappel, dans son Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi (DSCE), le Cameroun s’engage dans une approche théorique à devenir Pays émergent en 2035. Ceci passe par la réalisation de dizaines de projets dont certains sont dits structurants, et qui nécessitent des investissements finançables par un volumineux endettement de l’ordre de plus de 100 % de son PIB. Pour la phase dite de première génération allant de 2010 à 2020 les onze projets retenus sont les suivants : 1- barrage de retenue de Lom-Pangar, 2- centrale hydroélectrique de Memve’élé, 3- complexe portuaire de Kribi, 4- deuxième pont sur le Wouri, 5- autoroute Yaoundé-Douala, 6- usine de production de gaz de Kribi, 7- usine de production d’engrais chimique, 8- extension réseau de fibre optique, 9-construction nouvelles fonderies d’aluminium, 10- développement de complexes agricoles, 11-construction d’une ligne de chemin de fer de 1 000 kilomètres

La période de la première génération étant révolue, le constat-bilan se présente comme suit : les projets 7,9, 11, n’ont même pas été entamés, les projets 5 et 8 sont encore en cours avec des délais de livraison de plus en plus élastiques, le projet 10, malgré des financements accordés manque d’écho et de lisibilité, le projet 4 est venu se jumeler à l’existant, alors qu’il pouvait être réalisé aux confins du Moungo par Dibombari et du Wouri par Lendi ou Ngombè, pour désenclaver par ses voies d’accès ces zones et accueillir directement ainsi l’autoroute Yaoundé-Douala, quant au projet 1 sa rentabilité tarde à se faire ressentir,

D’une manière générale le constat qui se dégage est que les financements ont été recherchés sur la base d’études bâclées. Ce qui expliquerait l’absence de financements pour certains projets et des financements insuffisants pour d’autres qui ont dû être disséqués en plusieurs phases. On découvre ainsi par exemple qu’après la phase 1 (60 kms), l’autoroute Yaoundé-Douala nécessite encore quelques 950 milliards FCFA pour la phase 2(135 kms). La même indiscipline se retrouve aussi au niveau des projets liés à l’énergie, pourtant si nécessaire pour l’industrialisation et incidemment le développement du Pays.

Pour le mot de l’histoire, lorsque qu’au milieu des années 70, par la création de la SONEL, le Cameroun vire Électricité Du Cameroun (EDC), filiale d’Électricité De France (EDF), la production hydroélectrique se limite aux 276 MW produits à Edéa sur la Sanaga depuis 1954, à peine suffisants pour les besoins d’ALUCAM, une filiale du groupe Français Péchiney. Le Cameroun va alors entreprendre l’accroissement de son potentiel hydroélectrique, avec la mise en service de la centrale de Song Loulou 384 MW en 1981 sur la Sanaga, la centrale de Lagdo 72 MW en 1982, lac de barrage alimenté par la Bénoué. Avec en prévision dans les 5ème et 6ème plans quinquennaux les barrages de retenue de la Mapé (1988) et Lom-Pangar pour la régulation de la Sanaga, et une centrale à Memve’élé sur le Ntem de 211 MW de puissance installée. Pour des raisons non clarifiées, la SONEL qui entretemps avait jugé bon de faire transporter l’énergie par des poteaux en bois est privatisée en 2001. AES le repreneur Américain va se sucrer en vendant une énergie qu’il ne produit ni ne transporte avant de se retirer sur la pointe des pieds, sans aucun investissement réalisé. En 2006 Electricity Development Corporation (EDC) est créé par l’État du Cameroun pour reprendre en main le développement de la production qui est de plus en plus insuffisante (l’obsolescence des équipements oblige les centrales de Lagdo, Edéa, Song Loulou à réduire leurs capacités). Les projets de production sont relancés et aboutissent pour Lom-Pangar en 2017 (retenue + 30 MW de puissance installée) et en 2018 pour Memve’élé 211 MW. Le réseau de transport est dans une telle déliquescence qu’en 2015, Enéo le successeur d’AES s’en dessaisit. La SONATREL qui est alors créée affichera des besoins de 940 milliards FCFA (dont 200 immédiatement octroyés par la Banque Mondiale) pour sa mission de rénovation et de renforcement du réseau électrique. Dans la foulée EDC ouvre la brèche de la construction en Partenariat Public-Privé du barrage hydroélectrique de Nachtigal 520 MW sur la Sanaga à livrer en 2023, les Français s’y engouffrent par EDF et Proparco filiale de l’AFD pour le secteur privé et laissent 30 % au Cameroun qui a créé pour la circonstance la Nachtigal hydro Power Company (NHPC). EDF avec 40 % s’adjuge en passant une concession de 35 ans de ce projet de 780 milliards FCFA financé par une quinzaine de prêteurs sous la coordination de la Société Financière Internationale qui est la filiale de la Banque Mondiale pour le secteur privé, et deviendra ainsi le premier fournisseur privé d’électricité au Cameroun. En résumé pour remplacer la seule SONEL on a : le Britannique ENEO, les Camerounais EDC, SONATREL, NHPC et les redoutables Français PROPARCO et EDF qui prendra ainsi une revanche historique. Comme quoi le deuil de la Sonel durera encore longtemps puisque malgré tout, les délestages continuent.

Parallèlement aux projets structurants, des milliers de milliards ont été empruntés et engloutis dans ce qui a été appelé « les chantiers de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ». À l’arrivée, le Pays sera peut-être doté d’infrastructures sportives autant prestigieuses que luxueuses mais qui malheureusement, du fait des surfacturations et de la prévarication, auront été acquis aux prix les plus forts.

Des sommes astronomiques ont donc été empruntées tous azimuts, des grands travaux ont été engagés et même réalisés, mais le constat est là : l’économie locale n’en a tiré aucun profit ! Pas de résorption du chômage, pas de relance de la consommation, pas de gain de croissance…etc. Diverses raisons tels les détournements de fonds et même parfois d’objectifs, la corruption…etc. ont été évoquées pour essayer d’expliquer cet échec surprenant, mais la main mise étrangère dans la réalisation des travaux pourrait aussi y être pour beaucoup. Lorsque les institutions multilatérales prêtent, les multinationales raflent la mise au grand dam des entreprises camerounaises qui observent, même lorsqu’il s’agit de livrer du béton. Lorsque l’AFD prête, les sociétés françaises réalisent et les entreprises locales sont spectatrices, même quand il s’agit de couper le bois. Et que dire des financements chinois ! On peut remarquer d’emblée que pour ces emprunts qui ont mobilisé des partenaires aussi bien multilatéraux que bilatéraux, la Chine à elle seule est derrière plus de la moitié. Or il est établi que la chine a des visées sur l’Afrique, ce continent qui avec à peine autant d’habitants qu’elle, est trois fois plus grand en superficie et possède la moitié des matières premières mondiales ! Si les Européens ont jadis conquis l’Afrique par les armes, la Chine procède aujourd’hui par la finance et la ruse. Le modus operandi est partout le même, les Chinois au départ financent et réalisent des travaux de BTP, dans des conditionnalités qu’ils durcissent petit à petit et, pour finir on les retrouve dans l’extraction des minerais, l’agriculture, le commerce, bref partout. Pour la réalisation d’un projet, les entreprises chinoises viennent avec leurs matériels et équipements, leurs matériaux, leurs personnels, leur nourriture, et même leurs distractions, de telle enseigne que la commande locale ne voit rien passer ! À l’arrivée il n’y a donc aucune surprise de constater que le Cameroun emprunte, les Occidentaux s’enrichissent et le pays se retrouve avec un PIB établi avec les chiffres d’affaires des multinationales, qui nous donne une illusion de prospérité.

Le fait clair et constant au-delà de toute spéculation est que depuis plusieurs années déjà, le Cameroun n’arrive pas à se dépêtrer de son déficit budgétaire. D’après la loi de finances de 2021, pour équilibrer le budget de 4 865 milliards FCFA, il faudra combler un déficit de 1 485 mds. Les recettes attendues sont de l’ordre de 3 500 mds. En considérant que les raisons pour lesquelles le budget de 2020 a été réduit de 542 mds sont toujours d’actualité, et en escomptant un taux de recouvrement optimiste de 85 % (supérieur à 78 % de 2020) et un prix du baril de pétrole à 43 USD, on pourrait s’attendre à mobiliser réellement des recettes internes de l’ordre de 2 900 mds, nettement mieux que les 1 942 de 2020. On peut en déduire que le déficit sera plutôt de l’ordre de 2 000 mds. Le service de la dette, de l’ordre de 1 000 mds prend déjà en dépense le tiers des recettes, et avec des dépenses de sécurité prioritaires, selon les dires du Premier ministre Chef du Gouvernement, la situation à venir ne sera guère reluisante et on peut même déjà considérer que l’on est en pleine spirale de la dette (on risque de devoir emprunter pour payer la dette)

• LA CANNE BLANCHE

Pour briser cette spirale de la dette, à défaut d’obtenir son annulation ou de bénéficier d’une nouvelle initiative PPTE, le Cameroun doit relancer son économie ou améliorer sa balance commerciale. Ce qui implique des décisions fortes et des mesures de choc. Lorsque cherchant son chemin le non-voyant tend sa canne blanche, il ne choisit pas son guide. C’est dans ce sens que nous nous proposons de mettre ici à la disposition des décideurs quelques ébauches de solutions.

• Un Gouvernement de relance économique

Un gouvernement de pompiers-bosseurs en lieu et place de l’actuel gouvernement de pompistes-budgétivores, s’impose. S’il y en a des membres qui échappent au tamis, il leur faudra changer de mentalités pour sortir de l’inertie tant décriée par le Président de la République, et éviter d’avoir « à rendre gorge » pour prévarication. Il faudra qu’ils comprennent qu’implémenter le cap donné par le Président de la République n’est pas aller de séminaires en colloques, de réunions en symposiums, de tournées en missions, sous fond bien entendu de consommation de budgets, claironner : « comme l’a dit notre cher Président de la République, Chef de l’État, Chef suprême des Armées… », tout en prétendant agir suivant les « Très hautes instructions du Chef de l’État ». Lorsque le cap est la création d’emplois par exemple, le répéter n’en crée pas.

• La décentralisation comme début de panacée

Pour sortir un peu des programmes du genre Piaasi, Pajer-U et autres agropoles, pour essayer de remettre effectivement les populations au travail, pour remettre au goût du jour la recherche de l’autosuffisance alimentaire, mais aussi pour faire comprendre à tous ceux qui après la chasse aux postes de membres du gouvernement et assimilés, aux postes électifs de sénateurs, députés, conseillers municipaux, ont mis le cap sur les postes de conseillers régionaux pour boucler la grande fonction de consommation qu’est la mangeoire nationale, que la production de richesses incombe aux collectivités locales, nous proposons un plan triennal de production de 360 milliards FCFA, à lever sur emprunt obligataire, remboursable au bout de trois ans, pour doter chacune des 360 communes de 950 millions et de 18 milliards (5 %) les sectoriels de production économique (agriculture, pêche, élevage, mines, forêts, domaines, PME, commerce, industrie, commerce…) qui seront chargés de dresser pour chaque commune un cahier de charges de production de biens selon sa spécificité et d’encadrer de suivre et de contrôler le processus avec la collaboration des équipes régionales. Par exemple on pourrait produire oignon et coton à Koza, piment et porc à Bayangam, manioc à Yabassi, Yingui, Yokadouma… Les communes urbaines pourraient aménager des points de conservation, transformation ou de vente, ou même s’essayer à l’agriculture urbaine. Les exécutifs municipaux viendraient récupérer leurs chèque et cahier de charges à Yaoundé, lors d’une conférence conjointe commune sectorielle. Après 3 ans on évalue la situation et on améliore le processus.

• Prioriser le règlement de la dette interne

Le règlement de la dette interne nous apparait comme le moteur qui mieux que tout autre projet de développement, pourrait redynamiser l’économie réelle. En s’acquittant de sa dette intérieure, l’État pourrait élargir son assiette fiscale et améliorer le taux de recouvrement de ses recettes internes. Parce qu’après tout comme le disait déjà le sage chinois Lao Tseu en son temps « savoir se contenter de ce que l’on a : c’est être riche »

• Valoriser le Made in Cameroon

o Sur le plan vestimentaire : il va de soi que si les couturiers des personnalités photogéniques comme Marlyse Douala Bell, Nourane Foster, Moukoko Mbonjo, ou Grégoire Owona se trouvaient à Kakataré, Ntarikon, Mboa manga, Tamdja, New-Bell ou Nkolndongo, nul doute que les Sassou Nguésso, Idriss Deby et autres Macky Sall, viendraient s’habiller au Cameroun. Des mesures incitatives peuvent être prises pour que pendant deux jours par semaine par exemple les employés et usagers des services publics soient habillés en made in Cameroon.

o Sur le plan alimentaire : un programme sur trois ans pour diminuer les importations de blé et ramener la composition du pain et des pâtes alimentaires made in Cameroon à 70 % de farine locale et 30 % de farine de blé (Études déjà réalisées par l’IRAD). Un programme sur trois ans pour organiser la pisciculture et la pêche fluviale et diminuer l’importation du poisson. Son financement sera assuré par un prélèvement de 10 points supplémentaires sur l’IS des sociétés importatrices.

• Cap sur le Nigéria.

Un projet de constructions en PPP du port de Limbé-Tiko avec chantier naval et une autoroute en BOT (Build Operate Transfer) de Limbé-Kumba-Mamfé-Ikom(Nigéria), Mamfé-Bamenda-Bafoussam et Limbé-Douala (linéaire cumulé de moins de 500 kms)

Facilitation et recherche de partenaires : coopération Cameroun-Nigéria

Participation financière du Cameroun : 100 mds FCFA

Objectifs : offrir une entrée maritime complémentaire à l’est du Nigéria et à l’ouest du Cameroun pour désengorger Lagos et Douala, désenclaver et créer un pôle de développement au NOSO, faciliter les échanges commerciaux avec le Nigéria, donner une solution de poids au problème anglophone, résorber le chômage dans le NOSO, relancer l’économie…

Au moment où en plus de ses crises endogènes multiformes, véritables facteurs limitants de son développement, l’État doit faire en plus face aux répercussions du tassement de l’économie mondiale pour cause de corona virus, au moment où la grande fonction de consommation qu’est la mangeoire nationale menace de se transformer en panier à crabes, au moment où l’intellectuel par son silence assourdissant, tend à oublier que c’est de la pensée pure que jaillit la lumière, en ce moment où le doute veut prendre le pas sur l’espérance, aucune proposition constructive visant à maintenir le Pays debout ne devrait être négligée

Par : Jean Jacques E. Nsiah

Assureur-Economiste, Écrivain

Source: https://www.facebook.com

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