La transcendance et contagion, de la nuisance du « génie politique » de Paul Biya

Par Jean-Pierre Du Pont

La transcendance et contagion, de la nuisance du « génie politique » de Paul Biya.  Par Jean-Pierre Du Pont
La transcendance et contagion, de la nuisance du « génie politique » de Paul Biya. Par Jean-Pierre Du Pont

Lorsqu’il reçoit au soir du 3 juillet 2015, pour une visite éclaire de quelques heures, son homologue français, François Hollande, l’inamovible et omniabsent président camerounais, a cette métaphore pour le moins osée, en préambule à la question d’un journaliste de France 2, au sujet de sa longévité au sommet de l’État : « Ne dure pas au pouvoir celui qui veut, mais celui qui peut. »

Jamais l’hôte d’Etoudi, ne se serait autorisé pareille envolée lyrique, ou liberté de ta face à un autre François, le président Mitterrand qui en termes de cynisme, et de traits d’esprit, en possédait un rayon.

Quand François Hollande foule le sommet camerounais ce 3 juillet 2015, il y a 15 ans, qu’aucun de ses prédécesseurs n’y est pas venu.

La dernière fois, que le pays des Lions Indomptables accueillait un locataire de l’Élysée, remontait à 2011, et c’était Jacques Chirac venu présider le sommet Afrique — France, tenue cette année-là à Yaoundé.

Paul Biya, certes à la tête de l’État depuis le 6 novembre 1982, rôde en réalité dans l’antichambre du pouvoir, depuis 1962, année de ses 29 ans. C’est donc peu dire, qu’il en connait les arcanes. En dehors de De Gaulle, Pompidou et Valéry — Giscard d’Estaing, il a connu comme président de la République, 5 des 8 présidents français qui ont défilé à la tête de l’État depuis l’avènement de la Ve République, et l’élection du président au suffrage universel direct.

Paul Biya, Ahmed Sékou-Touré, le tout premier président de la Guinée, qui présidaient aux destinées de ce pays de 1958 jusqu’à sa mort en 1984, soit 2 ans après son accession à la magistrature suprême.

Paul Biya a connu Félix-Houphouët Boigny, premier président et père de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, selon la formule consacrée. Il entretenait par ailleurs, des relations de fils à père avec le « Vieux », toutes choses qui ne l’empêcheront pas plus tard d’avoir une vraie sympathie pour Laurent Gbagbo, mais ça c’est une autre paire de manches.

Paul Biya a bien connu, Juvenal Habyarimana, le président rwandais dont la mort, à la suite d’un attentat contre son avion, abattu en début d’atterrissage par un missile, avait déclenché le génocide au Rwanda en 1994.

C’est le maréchal Mobutu du Zaïre, qui avait fait les présentations, et les deux hommes qui avaient en commun le passage au séminaire, l’amour des chants grégoriens et de la musique classique, un genre qu’affectionnait également le maréchal président, pour exactement les mêmes raisons, se retrouvaient souvent en France, aux côtés du président Mitterrand, un ancien du Collège catholique Saint-Paul d’Angoulême, et pensionnaire du 104 rue de Vaugirard (un foyer des pères maristes où aurait également séjourné un certain Édouard Balladur), à réciter tous les trois, les vers et poèmes de Rostand, Lamartine, Eluard ou Hérodote Thucydide.

Pour la petite histoire, l’attrait qu’exerce Laurent Gbagbo, un ancien du petit séminaire Dominique, Savio de Gagnoa, en 1958, s’expliquerait pour les qualités littéraires de l’ancien président ivoirien, qui possédait la plus grande collection des classiques de la littérature française, partie en cendres sous les bombes incendiaires de l’armée française.

Quant au maréchal Mobutu, qui avait une grande ascendance sur Biya, il était presqu’une sorte de mentor pour l’homme de Mvomeka’a. D’abord seul chef d’État présent à la disparition de Jeanne — Irène Biya, épouse en premières noces du président camerounais, en juillet 1992, c’est aussi qui lui recommanda, l’officier israélien à la retraite, et créateur de sa garde prétorienne la DSP (Division Spéciale Présidentielle) à qui les compatriotes de Roger Milla, doivent la paternité du BIR (Brigade d’Intervention Rapide) que les mauvaises langues appellent « Biya intervient rapidement ».

Si Paul Biya, dont les silences notoires et les absences, vont jusqu’à faire l’objet des travaux académiques véreux dans certains cercles de courtisans prêts à tout pour casser la croûte, il n’en demeure pas moins vrai qu’il agit assez souvent dans les coulisses, en prodiguant comme tout excellent lecteur du prince de Machiavel, des cours magistraux en cynisme politique.

Tenez, Omar Bongo avait un temps en la personne de Paul Mba Abessolo, chef du Rassemblement national des bûcherons (RPG), un redoutable opposant, et fut même à trois reprises challenger, du président à l’élection présidentielle, avec à chaque fois des chances réelles de l’emporter. En 1996, alors qu’il projetait de se présenter à la mairie de Libreville, qu’il finira par remporter et de conserver de 1996 à 2003, Omar Bongo entrepris de vouloir empêcher sa candidature, par une obstruction juridique.

Mis au courant, par les officines communes, Biya appelle son homologue gabonais, à qui il donnait du petit -frère en privé dans un grand éclat de rire : « Omar, tu fais là une immense connerie. Ce type passe le temps à demander des comptes à tout le monde. S’il est élu maire, il faudra bien qu’à la prochaine échéance présidentielle, qu’il rende d’abord des comptes de sa gestion de maire de Libreville, avant de parler d’autre chose ! Comment un type incapable de gérer une ville pourrait dès lors prétendre gouverner tout un pays ? Je serais toi, je favoriserais son élection. Et puis entre nous, un type comme ça, ça se calme avec un marocain ! Tiens, une année avant l’expiration de son mandat de maire, tu le prends au gouvernement par exemple … »

Réaction de Bongo : « Tu es toujours clairvoyant, et sage dans tout ce que tu fais Paul. On t’a enseigné au séminaire ? » Grand éclat de rires à nouveau.

Idem, lorsqu’un autre opposant du Nom de Pierre Mamboundou, a commencé à se faire menaçant. Le père Bongo au détour d’un sommet à Paris (Lire dans ces messieurs d’Afrique), prend son homologue camerounais à part : « Mais Paul, comment tu fais les tiens déjà ? Je veux dire les petits emmerdeurs morveux quoi, tu comprends ! Il y a ce petit con d’ingrat — là, Pierre Mamboundou. Il me pisse sur les chaussures. »

Paul Biya : « Il parait qu’il aime l’argent, et qu’il a de gros soucis de trésorerie en ce moment. Laisse-moi revenir de Genève, et je le vois au village. »

Il ya quelques années, 2010 je crois, les internautes étaient stupéfaits en découvrant Alpha Condé sur YouTube, furieux, et exhortant à mi-mot les militaires français à se révolter contre Paul Biya, y compris en fomentant un coup d’État.

Réaction de Paul Biya ? Silence radio le plus complet. Le locataire d’Etoudi, qui sait que dans une autre vie, Alpha Condé, un opposant légendaire au président Ahmed — Sékou Touré, ensuite à Lansana Conté, qui a tâté de la prison, fut représentant d’une compagnie de sucreries françaises au Cameroun, mais pas que. Il dispose aussi sur lui, d’un rapport détaillé des renseignements généraux de la police française (Les RG ont changé d’appellation sous Sarkozy), datant de l’époque du président Ahidjo, en raison de sa proximité avec les étudiants camerounais, soupçonnés de dissidence, qui militaient au sein de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire de France) dont il assurait la présidence, tout en côtoyant des gauchistes fichés comme son camarade de Lycée, Bernard Kouchner.

Comme à son habitude, Popaul procède en plusieurs phases. D’abord le contournement, ensuite l’indifférence et pour finir on bat sa cible froide, c’est-à-dire le mépris ostentatoire. Pour le cas du président guinéen, Paul Biya a été jusqu’à éviter de se rendre à des rencontres au sommet, où il était prévenu de la présence de Condé. C’est finalement Yvon Omnès, ancien ambassadeur de France en Guinée, où il a pris femme, et au Cameroun, avant de devenir au moment de prendre sa retraite, l’éminence grise du prince d’Etoudi où il fait et défait les carrières à sa guise. C’est lui par exemple, qui aurait produit le rapport, qui fait tenir Hervé Emmanuel Nkom, et Charlemagne Messanga Nyamding (le mal voyant qui réussit à discerner l’âge des amants d’hommes politiques en plein ébat sexuel), à distance respectable de la moindre promotion exécutive, ou poste de responsabilité.

La transcendance et contagion, de la nuisance du « génie politique » de Paul Biya.  Par Jean-Pierre Du Pont
La transcendance et contagion, de la nuisance du « génie politique » de Paul Biya. Par Jean-Pierre Du Pont

Depuis les ennuis constitutionnels de Condé, il se montre très courtois à l’endroit de l’homme d’Etoudi, et tout porte à croire que sa nouvelle charpente va lentement mais sûrement, suivre le cheminement du tripatouillage de Popaul en 2008.

Alassane Ouattara, a semble-t-il bien assimilé la leçon, mais après avoir commis un gros impair en communication. Car dans le langage biyayien, se bomber la poitrine fièrement en proclamant qu’on ne briguerait pas un autre mandat, cela s’appelle tout simplement insulter l’avenir. Rubicon qu’on n’est pas prêt à franchir du côté de Yaoundé.

Quant à Paul Kagame, qui au début voulait procéder ruse en caressant le Nom gui dans le sens du poil, son diagnostic est sans appel : « Je regrette juste qu’après une trentaine d’années, le Cameroun ait beaucoup régressé, et ça, c’est dommage. On peut tenir un pays de main de fer, mais en assurant le minimum à son peuple, or ce n’est pas le cas e ce qui concerne le Cameroun. »

Par Jean-Pierre Du Pont

Source: https://www.facebook.com

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