L’ALIÉNATION CAMEROUNAISE

Concierge de la République

L’ALIÉNATION CAMEROUNAISE, Concierge de la république
L’ALIÉNATION CAMEROUNAISE, Concierge de la république

Il y’a une chose qui m’a toujours surpris : des Camerounais normalement constitués, veulent, pas seulement que je me retrouve à la Poste centrale à mener les gens, mais aussi, et en même temps, que je me retrouve dans un maquis au Noso à mener des soldats, quand devant leurs propres yeux j’ai été expulsé de ce pays, et mieux, suis bel et bien Professeur des universités américaines. Cette incapacité camerounaise à faire face à la réalité m’a toujours surpris, je ne veux pas dire qu’elle m’a toujours amusé, mais elle a un nom bien simple, l’aliénation dont la manifestation c’est l’autosabordement.

1) Il y’a d’abord l’ignorance de soi : il m’a fallu un an, pour me rendre compte que, au cœur de la BAS, se trouvait une communauté bien spécifique, les bozayeurs francophones, et un parcours spécifique de l’émigration qui mène à la haine de Biya, le boza. C’est-à-dire qu’on ne se connait pas, à cause de l’absence d’introspection qui est narration de soi, parce qu’on ne se parle pas, et parce qu’on frappe quiconque parle de silence, ah voyez l’effort qui est mis pour dire que je ne suis rien du tout, que je suis un zéro, un vaurien – ah, si mes doctorants américains, ou allemands, lisaient ça ! –, des gens qui sortent de nulle part pour me dire, tais-toi, pour décréter que le silence est mieux, et accuser quiconque leur dit leur identité, ou dit son identité d’ethnofascisme ! Absolu refus camerounais de se connaitre !

2) C’est une lapalissade de dire que le Camerounais, quand il reconnait enfin et parvient à articuler enfin son identité – et celle qu’il reconnait est abord et avant tout tribal, comme dans « la fille yambassa-là », « le gars bamoun-là » —, ne peut pas se mettre dans les chaussures de l’autre, est frappé de l’incapacité à comprendre l’autre camerounais donc, par exemple à se mettre dans les chaussures de l’Anglophone dont le village est brulé, dans les pieds du Bamiléké dont sur 15, 13 sont arrêtés et jetés en prison – d’où notre manque absolu d’empathie pour les victimes, notre absolu manque d’empathie pour toute victime d’ailleurs – « ce que vivent les Anglophones n’est pas différent de ce que vivent les Nordistes ! », dit-on.

3) Mais aussi ce devrait être indiscutable que nous n’arrivons pas encore à bâtir une communauté, et l’exemple le plus dramatique pour moi demeurant le dernier que j’ai découvert, les Camerounais en aventure, les bozayeurs en plein désert, en plein Maroc, qui sont cependant fractionnés de leur propre volonté en micro-groupes, en anglophone, nordiste, béti, bamiléké, bassa, etc., et le désaveu dont le MRC frappe quiconque comme groupe, par exemple la BAS, est différent de lui et veut maintenir cette différence, ou toute personne qui n’est pas son leader, qui n’est pas Kamto, et veut maintenir son identité. Si vous voyez un Anglophone à une manif à majorité Bamiléké, c’est que c’est en fait un Anglophone d’alibi, de même un Nordiste dans une manif du MRC est un Nordiste d’alibi, etc.

4) Mieux, le fait que ces groupes s’évitent réciproquement, ainsi, les Nordistes camerounais préfèrent être avec les autres musulmans africains, les membres d’un groupe, disons les Batchou, font la combine pour leur groupe au détriment de l’autre, les Ngangteuh, et d’ailleurs se détruisent réciproquement, se livrent d’ailleurs bien de fois à la police, ou alors ne disent pas aux autres ou se trouvent des opportunités. Extrapolation : ne demandez pas aux gens du MRC de soutenir par exemple les gens de Cabral Libii Ngue, ou l’inverse, la division tribale entre les deux groupes est profondément ancrée, tout comme d’ailleurs ne demandez pas à la BAS de soutenir les Ambazoniens, au fond vous allez vous rendre compte qu’ils se dénigrent réciproquement, et que, reçus séparément par les Blancs, par exemple au Congrès américain, ils dénigrent le programme politique l’un de l’autre devant les Congresspeople Américains, alors que tous les deux ont le même ennemi dans leur pays commun.

5) Additionnez tout ce que je viens de dire-là, et vous allez vous rendre compte de l’impossibilité de construire un mouvement, mais surtout, vous allez voir la fierté de plusieurs intellectuels à se proclamer « détribalisés » — quand la tribu est prise comme l’unité de base, ce qui est d’habitude le cas pour le Camerounais —, ou alors vous allez voir la fierté des Camerounais à cacher qu’ils sont bozayeurs – quand le boza est l’unité de base —, et en contrepartie l’insulte absolue qu’ils ressentent quand on découvre qu’ils sont à majorité Batchou au MRC, leur fierté toute camerounaise donc, à renier leur communauté sui generis, à se savoir hors de celle-ci, là ou pourtant l’identité première est le socle de la communauté, de toute communauté, et donc de tout mouvement.

6) Ce que j’ai décrit plus haut est une phase historique, un moment dans une dynamique populaire, on pourrait dire que c’est l’enfance politique. Mais il est important de dire que, comme tout ce qui est politique, ce moment est manufacture, et a des conséquences. Il est manufacture de la tyrannie, mise en branle par elle, et donc les Camerounais collectivement sont détruits comme communauté — familles détruites, syndicats détruits, partis politiques détruits, et jusque solidarité du zodiac de onze personnes détruites —, parce que tous pris dans la dynamique de l’autosabordement, qui, lui est le marécage politique dans lequel la tyrannie se construit, sans lequel la tyrannie camerounaise ne pourrait jamais durer aussi longtemps

7) Il y’a un moment où cet autosabordement sera construction, mais il n’est pas possible sans la reconnaissance de l’unité de base qui commence avec la narration de soi, qui est donc 1). Ce moment que je viens de décrire de 1) a 6) est historique – c’est parce que nous sommes encore à la phrase de l’auto sabordement, à la phase de l’autodestruction, de l’auto-annihilation de toute communauté, c’est parce que nous sommes encore aliénés, que nous ne fondons pas de mouvement pour détruire la tyrannie qui en est la cause.

Notre libération commencera quand le Camerounais cessera de se fuir.

Concierge de la République

Source: https://www.facebook.com

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