COMMENT LA GUERRE AU NOSO SE MET EN BRANLE

Concierge de la république

COMMENT LA GUERRE AU NOSO SE MET EN BRANLE, Concierge de la république
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Connaitre son peuple, c’est savoir aussi sa dimension du mal. La première chose à savoir sur le Camerounais est que c’est un être dominé. Cela a une conséquence évidente sur ses actes, y compris les actes meurtriers. Le dominé est inscrit dans l’impuissance. C’est un impuissant, pour tout dire, car il ne peut pas, il n’arrive pas à lever le joug de l’oppression de ses épaules. Il sait donc que cela le dépasse, et par conséquent, s’abat plutôt sur plus faible que lui — sur les femmes, sur les enfants, etc. Les crimes de guerre dans notre pays ont commencé dans le village de Sisiku Ayuk Tabe — qui était alors à l’étranger. Les Bulu étaient venus bruler sa maison, dans le Manyu, car ils ne pouvaient pas encore l’atteindre, ils s’étaient donc abattus sur sa maison — ainsi ils avaient tracé la ligne des crimes, le système des crimes, le système génocidaire donc, la ligne de laquelle tôt ou tard il faudra découler l’intentionnalité génocidaire. Car c’est devenu système : les soldats francophones, bulu, arrivent dans un village, et évidemment leurs voitures les signalent, sinon des sentinelles quand c’est le cas. Les hommes anglophones de ce village ont l’occasion de s’enfuir. Ils abandonnent dans le village les femmes et les enfants, tout comme le bétail, car les femmes, les enfants, le bétail ne peuvent pas fuir — du reste, les femmes doivent s’occuper des enfants. Elles se disent surtout que leur statut de femmes les sauvera. Ce n’est pas connaitre l’intentionnalité génocidaire que j’ai décrite plus haut, et qui fait l’impuissant s’abattre sur plus faible que lui. Ce ne sont donc pas des balles perdues, ou des actes égarés, non, c’est bien calculer et exécuter. Les soldats francophones sevrés des hommes, des anglophones, des Ambas qu’ils voulaient arrêter, qu’ils voulaient tuer, se rabattent sur les femmes de ces derniers, sur leurs enfants, sur le bétail. Ici c’est le viol. Là ce sont des exécutions sommaires. Froidement. Dans la tête, dans la nuque. Ils tirent donc ici pour tuer, ils tirent pour se venger de leur impuissance, ils abattent les civils se libérer de leur défaite militaire. Les crimes d’une armée défaite sont des crimes de guerre.


Les hommes anglophones qui avaient fui quelques jours plus tard descendent dans leur village aux maisons calcinées et découvrent la charcuterie — à moins qu’ils ne la découvrent sur internet, par Facebook ou autre. Ils découvrent le crime de guerre qui a été commis dans leur dos. Deux choses se passent, la première est évidemment qu’ils sombrent dans la rage, dans cette rage violente qui est haine. Ils se battaient hier pour un idéal, aujourd’hui ils se battent par haine — par haine de celui qui a abattu et décimé leur famille, y compris des enfants. La deuxième chose évidemment est qu’ils comprennent le sort qui les attend, et savent que seule la lutte les libèrera. Ils deviennent donc beaucoup plus convaincus que ce qu’ils n’étaient avant. Si avant ils étaient des Amba boys, ils deviennent des Amba soldiers. L’intentionnalité génocidaire est le moteur de la guerre, c’est le véritable nexus de celle-ci, car c’est les dynamos qui propulsent les choses. Les soldats Bulu par impuissance, les soldats Amba par haine. Et ici donc deux ressentiments se rencontrent de manière explosive, l’impuissance et la rancœur d’une part — l’aigreur, comme disent mes compatriotes d’habitude —, et la haine d’autre part. Ils se rencontrent dans la violence, et appellent la violence et propulsent celle-ci pour en faire la guerre. Nous sommes donc ici encore au niveau minimal, à l’unité minimale du génocide, qui est la rencontre entre deux ressentiments, l’un créé par l’autre. C’est qu’il y’a un moment ou les grands idéaux ne comptent plus, Ambazonie par ci, Cameroun par-la, mais plutôt seulement les ressentiments qui font, ici qu’un conflit qui avait commencé par une gifle, soit devenu une guerre véritable — une guerre civile. L’intentionnalité ouvre en effet sur une téléologie violente, c’est-a-dire sur une suite d’action et réaction, d’action et réaction, qui est le vécu quotidien des batailles – une bataille ici, une autre-la, une embuscade ici, une autre la, un massacre par ici, un autre la.

Jusqu’ici la communauté internationale n’est pas encore intervenue — parce qu’elle estime que cette suite violente de massacres et d’embuscades n’est pas suffisamment dramatique pour la pousser à l’action. On a vu par exemple le massacre de Ngarbuh à pousser à l’action. Il manque donc un massacre plus grand, une bataille plus grande, une ville prise, par exemple, pour changer la donne. Et l’armée camerounaise a sans doute reçu la directive, de maintenir ces massacres au niveau décimal. Dix morts par-ci, pas vingt, non. Ainsi, nous avons 12 000 morts de manière horizontale ce qui peut laisser s’endormir, et pas verticale, ce qui réveillerait le monde et bien sûr la communauté internationale, et accélérerait le processus qui mènerait ce régime à la CPI. Le problème est le suivant cependant : aucun homme ne peut voir sa famille décimée sans se venger, ou alors sans vouloir le faire. Qui plus est, la légitime défense est un droit dans ce cas de figure bien précis, car les enfants, les femmes abattues, étaient sans arme aucune. Cela veut dire que, le retrait de la communauté internationale ne fait pas disparaitre le conflit, bien au contraire, il le laisse au rythme de la légitime défense, et inscrit dans une terre qui avant n’avait qu’un problème, n’avait peut-être même qu’une crise, y inscrit de facto les racines de la haine. Car plus longtemps la communauté internationale tourne son regard, le plus surement la haine plantera ses racines au Noso, dans la suite de ses massacres qui sont suivis par des embuscades, embuscades qui sont suivies par des massacres, téléologie violente qui, si au début elle pouvait être décrite comme étant des actes isolés, définit clairement la guerre qui a lieu dorénavant comme une bataille qui prendra du temps et encore du temps, comme donc un engagement dans la longueur, et au bout de laquelle soudain les morts eux-mêmes vont bâtir le socle de l’infranchissable – car comment pourra-t-on après avoir tué autant, encore vivre ensemble dans un même pays ? Les indépendances de pays comme l’Irlande, l’Érythrée, le Soudan du Sud ont été acquises ainsi. À un moment le génocide dicte sa loi.

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Source: https://www.facebook.com

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BIOGRAPHIE DE NDAM NJOYA

dim Mar 8 , 2020
Adamou Ndam Njoya (né le 8 mai 1942 à Foumban, Cameroun) est un universitaire, un écrivain et un homme politique camerounais. Il est le président de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), parti d’opposition qu’il a créé en 1991 [1]. Il a été candidat aux élections présidentielles camerounaises de 1992, de 2004 […]
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