LA RECETTE DU PORC, Concierge de la République

LA RECETTE DU PORC, Concierge de la république
LA RECETTE DU PORC, Concierge de la république

Réfléchir sur le désir est toujours intéressant car le désir ouvre sur plusieurs chapitres, qui sont en fait des vases communicants: je parle d’abord, évidemment du désir d’argent, qui a sa dynamique propre, encore plus dans un pays appauvri autant par la France que par une élite tribale rapace. Je parle donc de cette forme de désir que fabrique le stéréotype, de ce désir qu’est la bamiphilie. Aimer les Bamiléké est sa manifestation que tout Bamiléké, homme comme femme, a déjà vécue. Ah, combien mes amis non-Bamiléké, nous les appelons Nkwa’, voulaient savoir, quand j’étais petit, si mes parents gardaient l’argent sous le matelas, s’ils m’avaient déjà donné le fameux ‘million’ que croit-on, chaque Bamiléké reçoit de ses parents. La fondation de ces mythes du Bamiléké riche, est dans l’exclusion des Bamiléké, qui se légitimise dans le stéréotype que cultivent les non-Bamiléké, pour se satisfaire de leur manque d’indignation devant la pauvreté, la marginalisation, la discrimination de leurs propres compatriotes. ‘Ah, tu ne nous dis pas la vérité! Dis-nous donc où se trouve ton argent!’ L’exclusion produit la pauvreté de l’exclu, c’est sa conséquence économique. Il en découle que les Bamiléké, exclus, sont pauvres, emplissent les sous-quartiers des villes, sont livrés à toutes sortes d’actions pour survivre, à toutes formes d’industrie de la survie, de débrouillardise, pour ne pas mourir, et bientôt remplissent les caves de la fuite de ce pays, fabriquant l’exode le plus biblique que notre pays aie connu – depuis 1955. Et une des diasporas les plus vastes d’Afrique, à côté des Sarakole du Mali. Les vagues sont nombreuses, 1955 bien sûr, vague politique, 1960-1970, vague politique, 1992, vague politique, et évidemment 2018, avec Kamto et le MRC, vague politique encore, parce que le misérable qui proteste contre sa condition de misérable est rejeté hors de la république, emprisonné, et puis bientôt chassé. La république cependant, elle, pour se donner la bonne conscience, fabrique le mythe du Bamiléké riche, qu’entretiennent quelques Bamiléké fortunés – ces fameux ‘quincailliers’ -, dans un pays économiquement sous la coupe de la France, et qui ne maitrise ni son budget ni même sa monnaie – et nait le mythe du Bamiléké qui construit des étages en vendant les arachides. Le Bamiléké qui marche à pieds et bâtit un gratte-ciel que cependant personne n’a vu. La pauvreté est la naissance de tous les désirs, fantasmagories, ceux-ci s’appellent alors, le premier étant évidemment la curiosité – le non-Bamiléké veut comprendre ce phénomène, ‘tu as déjà l’étage à Bafoussam, non?’ ‘Je ne suis pas Bafoussam, mais Bangangte!’ -, et ce désir d’argent devient très vite désir sexuel – appétit sexuel. Ils font comment, les Bamiléké, pour fabriquer de l’argent dans leur pauvreté que tout le monde voit?

Notre pays n’enseigne rien sur chacun de nous, cultive l’ignorance tribale et donc le stéréotype – on connait les Bamiléké parce qu’on a mangé la sauce taro, car on ‘avait une copine Bamiléké.’ Parce qu’on ‘sort avec une fille bangangte’, on connait ‘les Bangangte.’ Le vagin comme chemin des sciences sociales, quoi. L’utérus comme diplôme d’études culturelles. Le clitoris comme craie de l’histoire générale des peuples. Le bangala bien sûr comme bibliothèque, et le palmarès sexuel comme Académie des sciences et des arts. Il en résulte que notre pays qui ne se connait pas, qui efface partout sa propre histoire, exclut des gens que personne ne connait. Et toute république qui exclut fabrique des mythes pour légitimer son exclusion – le mythe est une explication passe-partout, pour un peuple ignorant de la vérité, pour des gens qui ne se connaissent pas réciproquement. Comme par exemple le Famla – les Bamiléké font le famla, et deviennent riches. Facile il aurait été de se rende compte qu’ici, le mythe recouvre le manteau de la réelle pauvreté bamiléké, produite par l’exclusion des Bamiléké depuis 1955 dans cette république – si on se connaissait! Si on connaissait son histoire! Le mythe permet cependant à l’ignorant d’accepter cette pauvreté pensée par la France, et mise en branle par une élite tribale, car elle n’est pas crue par la population frappée d’ignorance organisée, et parce que le mythe fascine, il cause la curiosité. Tel veut savoir – ils font comment donc, ces gens, pour avoir autant d’argent, là ou en fait dans le réel, il n’y a pas d’argent, là ou dans le réel, il n’y a que plantation de la pauvreté, produite justement par l’exclusion. Cela ne fait pas sens en effet que l’on soit exclu d’une république dont l’économie est fondée dans le paternalisme de l’État, et devienne riche cependant – ce serait miraculeux. Non, cela ne fait pas sens. La bamiphilie est donc dénégation, car elle se fixe sur le mythe, sur cette richesse du rêve, sur cette légitimation de la pauvreté que livre l’État qui exclut le Bamiléké. Un désir qui se fixe sur un mythe, sur une fantasmagorie, ne peut qu’être déçu, et c’est ce qui arrive très vite. Le non-Bamiléké, frappé de bamiphilie découvre très vite la pauvreté des Bamiléké – il la découvre dans les sous-quartiers, dans les caves de cette république de l’exclusion, dans les marrées de l’État qui n’a pas de pitié pour ceux qu’il a condamnés depuis 1955, ou plus concrètement depuis le 15 janvier 1971, depuis l’exécution de trois Bamiléké au cœur de la république, transformés qu’ils furent en cet épouvantail plus effrayant que le Famla – Maquisards. Le non-Bamiléké cependant, frappé de bamiphilie, de désir de richesse, et que rythme le mythe – les Bamiléké construisent l’étage en vendant les arachides – ne peut qu’être déçu par la pauvreté qu’il découvre dans le monde bamiléké. L’abjecte pauvreté, la révoltante pauvreté qui fait des Bamiléké les opposants, les dissidents, les migrants de cette république depuis 1955!

Imaginez la déception d’un voleur qui entre dans un magasin qu’il croyait achalandé et le trouve vide – ici nait le meurtre! -, et rappelez-vous donc le choc de la république devant les images d’abjecte pauvreté à Gouache! J’en ai lu, des non-Bamiléké, qui étaient surpris qu’il y’ait des elobis à Bafoussam! J’en ai aussi lu, des non-Bamiléké, accusant les Bamiléké de construire partout dans des taudis. ‘C’est comme ça les Bamiléké’, j’ai lu, ‘les Bamiléké et les taudis!’ Ce n’est pas tant que cette personne, fonctionnaire de la république, oui, ne puisse pas se rendre compte comme 1 + 1 = 2, que les Bamiléké sont dans les taudis parce qu’ils sont pauvres et qu’ils sont pauvres parce qu’ils sont exclus; c’est surtout que sa réalisation que son mythe du Bamiléké qui construit l’étage en vendant des arachides s’est écrasé sur la réalité, sur la vérité de la pauvreté de Gouache, se transforme, pas en compassion, surtout pas en compassion devant la victime, mais en mépris. On ne peut pas avoir de la compassion pour une victime qu’on croyait riche, et découvre mendiante – et c’est ici que le Bamiléké porc entre en jeu. ‘Ce sont des porcs!’ ‘Ce sont des cochons!’ L’exclu devient ainsi responsable de sa propre misère, car comment peut-il en être autrement? Il doit être fourbe! Ce qui se passe est simple: le Nkwa’ appâté par la valise d’argent sous le lit bamiléké, veut fuir la misère découverte dans la maison bamiléké. Les mots les plus violents que j’aie lus contre les Bamiléké sont systématiquement venus de gens qui étaient soient mariés, soit en relation avec des Bamiléké – Leon Messi, en est un exemple, quatre enfants avec sa première femme Bamiléké, mais vicieusement bamiphobe. Zomo Bem dans ses premières diatribes contre son mari de jadis, dénudant la famille de ce dernier en public, ‘ils vendent l’eau!’ ‘L’eau! Tandis que moi, mon père était journaliste d’État!’ La déception devant la pauvreté du Bamiléké, quand venue du côté de ceux que le langage commun appelle ‘le pays organisateur’, les Nkwa’, est bamiphobie – plus seulement peur, mais haine. Virulente haine. Car comme nous savons, l’amour et la haine sont deux faces de la même feuille, comme la fascination et le rejet se retrouvent très facilement. Le rejet ici finit dans la fabrication de cet animal détestable, produit même de la haine du Bamiléké par celui ou celle qui en était amoureux, qui en était fasciné tout à l’heure – le porc. Le cochon. Le cercle se referme donc, car si la valise d’argent sous le lit du Bamiléké, si les arachides qui vendues permettent dans le mythe, au Bamiléké de se bâtir l’étage était le fétiche qui faisait saliver le bamiphile, le cochon est le fétiche qui répugne le bamiphobe qu’il est devenu et le libère de son amour déçu, oui, le porc est le fétiche définitif du bamiphobe. Circulus vituosis d’une république prise dans la pauvreté, et qui ne peut pas trouver autre système que la fixation tribale pour se fabriquer une existence politique sanctionnée par l’exclusion.

Concierge de la république
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