QUI FAIT LE NETTOYAGE ETHNIQUE AU CAMEROUN ET POURQUOI?

Concierge de la République

QUI FAIT LE NETTOYAGE ETHNIQUE AU CAMEROUN ET POURQUOI? Concierge de la République
QUI FAIT LE NETTOYAGE ETHNIQUE AU CAMEROUN ET POURQUOI? Concierge de la République

A Bangangté, les populations lapident un Anglophone et trimbalent son cadavre derrière la moto jusqu’à Bangoua. Même scénario qu’a Bangourain. A Bamenda il y’a quelques temps, les Bororo tuaient des Anglophones. Ici et la sous supervision de l’Armée. Si tout conflit se comprend facilement, il n’y a pas de conflit simple. Déjà parce que ceux qui lancent les hostilités sont rarement ceux qui tiennent le fusil – ou la machette, ou le caillou. Mais surtout parce que, quel que soit le conflit, aux acteurs principaux s’ajoutent des acteurs secondaires, en des cercles concentriques de plus en plus grands, selon la magnitude du conflit en question. La Première Guerre mondiale qui a commencé sur l’assassinat d’un homme, a ainsi implique des gens dans des contrées si lointaines que le Cameroun, qu’elle a abouti à Douala, a la pendaison de Douala Manga Bell des 1914. La constitution de la ligne de front du conflit cependant est aisée, car elle est fondée sur l’intérêt – et simplement sur l’intérêt. Seul l’intérêt dans son sens le plus brutal, guide le conflit, car lui seul fait par exemple décider de risquer sa vie ou tuer. C’est lui, l’intérêt donc, qui trace la ligne entre les forces belligérantes. C’est lui encore, l’intérêt, qui définit la constitution des alliances. Et une fois de plus, ces alliances peuvent impliquer autant des personnes seules que des groupes – des groupes religieux, tribaux, partisans (dans le sens de partis politiques), linguistiques, etc. Dans le cas du Cameroun, avant la déclaration de guerre par Paul Biya le 30 novembre 2017, la ligne de front était déjà constituée, depuis 1990 au moins, par le fait que le parti d’opposition au Cameroun, le SDF, aie toujours été un parti anglophone, dans un pays au pouvoir hégémonique francophone. Dans tous les pays ou ça pète, c’est là où cela commence – dans l’antagonisme politique qui pendant des années aiguise les tensions autrement latentes, comme on aiguise un couteau. Ailleurs c’est l’antagonisme tribal, ou religieux, qui les aiguise, chez nous, ça a donc été l’antagonisme linguistique. Ce qu’en anglais on appelle de plus en plus ‘the langage dévide’ qui a une histoire qui nous renvoie à 1961, ou en 1916, était donc dramatise à chaque élection dans l’alignement partisan, était ainsi politise, et le demeure d’ailleurs, dans les structures mêmes de la société. Fru Ndi a toujours été l’opposant de Biya, et chacun a été somme de s’aligner derrière l’un ou l’autre tous les trois ou quatre ans. Comme le Bulu est génériquement partisan de Biya, l’Anglophone est ainsi devenu génériquement un opposant, par habitus politique. Et chacun a choisi son camp. Le RDPC est le parti au pouvoir, comme on sait, et le SDF est le parti anglophone institue, nous le savons aussi, même si son alliance inclue quelques groupes disparates, les Bamileke, et des personnes pas anglophones – Jean-Michel Nintcheu. Il est donc impossible aujourd’hui de dire que la ligne de front n’est pas clairement formulée au Cameroun – en fait, seul l’intérêt bulu peut vouloir la masquer, car elle saute à l’ œil de tout un chacun. La question avant la guerre chez nous avait donc toujours été, quand est-ce que cela allait péter.

Nous savons que ça a pété quand les avocats anglophones ont été brutalises en novembre 2016 – brutalises par des Bulu, il suffit d’écouter leur accent français! – et la, toute une région en a été embrasée – tout le pays en fait, car le nœud du conflit dramatise déjà d’élection en élection pendant trente années par l’opposition du SDF au RDPC, et les victoires toujours frauduleuses du RDPC, est réapparu tel deux allumettes sèches. Comme la Première Guerre mondiale a pété quand un homme a été assassiné quelque part, ici c’est tout le pays qui a chavire dans une gifle bulu à un avocat anglo. Et la les alliances latentes se sont dynamisées, alliances fondées sur les intérêts, j’ai dit, le visage clair des ennemis s’étant soudain spécifie, d’opposants qu’ils étaient déjà. C’est-à-dire en fait, qu’ils ont montré leur visage spécifique, car auparavant ils se cachaient de part et d’autre de la ligne de front – d’une part et d’autre de la rivière Moungo. D’une part, chez les Anglophones donc, dans le cœur du SDF, et d’autres part, chez les Francophones dans le cœur de l’État camerounais, dans le ventre de ce qui est de plus en plus appelé ‘la République du Cameroun’, mais qui, quand on regarde du point de vue de l’intérêt, est clairement et indiscutablement Bulu – parce que ce sont les Bulu, bien évidemment qui ont le plus intérêt a ce que les Anglophones soient écrases – déjà politiquement avec le SDF, et puis aujourd’hui avec les armes de l’État. Tout conflit a cette particularité qu’il émacie les forces sociales pour les transformer en protagoniste et antagoniste. Une autre manière de définir qui sont les forces belligérantes, et ce sont deux et ce ne peut qu’être deux, antagoniste et protagoniste, c’est de prendre une table – les coins les plus éloignés de la table sont les antagonistes par excellence du conflit. D’une part donc nous avons les Anglophones, au cœur de qui les Ambas se sont spécifiés entretemps comme les porteurs de flamme du conflit, et d’autre part, parmi les Francophones, ceux d’entre eux qui sont le plus éloignés des Anglophones, qui donc sont les plus Francophones des Camerounais, sont les antagonistes – et ici, les Bulu remplissent cette caractéristique. Il est évidemment impossible de définir ces pôles opposes sans que le conflit ait lieu. Car ces pôles sont autant définis par le conflit qu’ils définissent la cause du conflit. Et la cause c’est le pétrole – le pétrole camerounais qui est à Limbe, dans la zone anglophone, tandis que les Francophones, et plus spécifiquement les Bulu, ont la main mise sur lui, car le président de la république, lui-même est Bulu et maintient le pouvoir depuis 1982. Vous voyez donc que la formulation de l’ennemi – et Atanga Nji parle ‘d’ennemi’, et parle de ‘Waterloo’ -, se joint ici tres facilement a la cause de conflit, le pétrole, qui appartient évidemment aux Anglophones, dont les plus surs d’eux se nomment Ambas, mais pétrole sur lequel les Bulu ont la main mise.

Conflit Amba-Bulu donc.

Voilà la guerre qui se joue au Noso résumée pour les nuls. En cela elle n’est différente d’aucun autre conflit. C’est un conflit classique, parce que fonde dans l’intérêt, un conflit dont la ligne de front est clairement définie, et dans lequel l’intérêt est très facilement identifiable. Les puissances étrangères entreraient ici en jeu qu’elles prendraient partie pour, soit le protagoniste, soit pour l’antagoniste – soit donc pour les Ambas, soit pour les Bulu. La position de la France est classique de ce point de vue, elle qui supporte Biya, qui supporte les Bulu, qui donc supporte le pouvoir le plus francophone que notre pays aie jamais eu – francophone au carre, donc francophile! -, et qui le supporte à cause de la main mise sur le pétrole de Limbe que ce pouvoir lui garantit. Après tout, ce pouvoir a laissé l’économie du pays entre ses mains, du pétrole qui en est le poumon à la monnaie, le Franc CFA, qui en est le moyen d’échange. La position anglaise, américaine, allemande devient elle aussi logique. Les cercles concentriques ici peuvent s’élargir autant que possible, inclure disons l’Australie, mais ils ne vont pas remettre en cause la géographie du conflit qui est clairement définie, jusque dans le chiasme de son point de contention sur le pétrole de Limbe, en zone anglophone. A l’intérieur du Cameroun, les alliances autour des forces belligérantes, en conflit, d’une part donc les Ambas et d’autres parts les Bulu, sont elles aussi facilement définissables – Nord pour les Bulu, avec des percées significatives comme celle des jeunes Toupouri (Mamadou Mota qui dans un discours parle lui-même de ‘montagnards’!), qui rompent avec les vieux, Dakole Daissala du MDR, allié de Bulu, et s’alignent avec le MRC de Kamto, avec les Bamileke donc, pour les Anglophones. Gestes défensifs des partisans des Bulu, comme le meeting du sultan Mbombo Njoya à Bafoussam, ou individuels comme le positionnement de Momo – Bamileke – pour les Bulu. Ainsi il est clair que les espaces de bataille sont autant le Noso, que le pays bamileke, bamum, et le Littoral – le Moungo, les escarmouches autour de Esso, qui est Sawa, à cause des émeutes carcéraux. Chacun doit clarifier sa position, répondre de l’appel de l’intérêt. Les Bulu n’ont en effet aucun avantage à ce que le conflit qui est bien localise autour de la zone de tension – pétrolière – traverse les zones de contention du Noso pour inonder les zones encore vierges de sang. C’est donc dans ces zones vierges-la, et surtout la, que la belligérance est encore plus claire – que ça chauffe, en quelque sorte. Il ne fait ainsi pas bon etre anglophone en pays bamileke, en pays bamum, ou alors dans le Littoral, car ici, les Bulu ont tout avantage à utiliser des tactiques défensives pour empêcher la contagion – les assassinats cibles, avec aide de la gendarmerie, des vendettas tribales sous patronage militaire, des actes de représailles téléguidé par l’armée, tandis que, du cote anglophone de la ligne de front, les Ambas n’ont aucun intérêt à faire des représailles sur les populations francophones – par exemple au Lebialem ou elles sont sauves. Dans la guerre, tout le monde perd, on sait. Cependant, ‘les Ambas n’ont que leurs chaines à perdre’, dirait Marx ; quant aux Bulu, ils ont tout à perdre. Et déjà leur pouvoir. C’est dans ces zones grises que ce que les Occidentaux appellent le ‘langage divide’ qui pendant trente ans avait déjà fait d’un parti anglophone, le SDF, le parti d’opposition au Cameroun ; c’est dans ces zones grises que le langage divide, de ligne de front devient ainsi champ de bataille effective. ‘Empêcher Waterloo’, disait Atanga Nji. Il n’y aura jamais meilleure image pour illustrer le front de la guerre civile camerounaise sur laquelle le régime de Biya se clôt après trente-sept ans d’alignement francophile. Et ce ne sont pas les Ambas qui applaudissent, ce sont les Bulu – ‘empêcher Waterloo a tout prix.’ Par le nettoyage ethnique, ou plutôt, linguistique. Oui, par un génocide.

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Source: https://www.facebook.com

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